Une analyse brillante, élégamment enjouée, de ma dernière composition, Caminando .

Ce temps maussade nous laisse t-il  la chasse aux limaces pour seul loisir ? Mais non, il nous arrive aussi de petits moments de bonheur, par exemple la lecture du forum de MusiComposer, quand Émilie, notre musicologue érudite bien que distinguée nous délivre une analyse brillante,  élégamment enjouée,  de ma dernière composition, Caminando .
Je ne résiste pas au plaisir de la publier ici :

Caminando : ballade initiatique ou divertissement de printemps

C’est une plume sensible, à la fois sarcastique et poétique qui conduit cette «promenade musicale» Caminando»

A la lecture de son titre évocateur, on s’attend plutôt à une aubade printanière , agrémentée de contrepoint fleuri !
Or, pas du tout ! dès les premières notes, le violoncelle inquiète et entraîne l’auditeur en plein mystère : le parcours initiatique a déjà commencé et nous plonge au cœur de la nuit, pourvu que la lune ne soit pas trop loin !

Structure
Présentée en 2 mouvements : Allegro- Presto, Caminando s’entend pourtant en trois parties
La partie 1 s’organisant en 2 ( A et B ) et contrastant avec la partie 2, aussi solaire que la première est lunaire. L’unité de ce quatuor original, est obtenue par le long fil rouge de ces ostinati tenus tour à tour par le piano puis par la basse ,
l’ équilibre entre les parties instrumentales est bien rendu , en effet chaque instrument intervient comme un soliste dès le début , et place son discours « au dessus du piano » qui, lui, dessine le fond du paysage tel « un lointain ».Le compositeur use plus de lignes mélodiques, de parallélismes, (écriture horizontale) en solo , duo, trio… mais le quatuor ne se formera qu à la toute fin de la première partie, comme une ouverture (heureuse) vers la toute dernière partie (mes.186 à la fin)La variété d’expression est aussi bien exploitée dans cette pièce :
dans les sonorités, et les recherches d’attaques diverses à la corde et à la touche du piano, du souffle de la flûte. la musique s’élance tour à tour : douce, aigre, piquée, piquante , tremblante,en tremolos, suaves, dans des aigus puis des graves,et navigue entre les quatre instruments, Les notes effleurées (harmoniques ) ou jouées « pizzicato » ou  » legato ». (Remarquer aussi le superbe solo de la basse, imitant presque un 32 pieds d’un grand orgue ! mes. 21 à 36 – à o’ 40 (audio ) Noter aussi la surprise mesure 122 quand le piano littéralement passe en « avant- scène », on ne peut qu’apprécier ce moment ! Les Procédés d’écriture , qui accentuent le caractère contrasté de cette pièce musicale :
– La verticalité , – les accords du piano,- le quatuor réuni au complet,- en effet les 4 instruments ne sont plus seulement juxtaposés mais harmonisés et s’expriment ensemble,- le tempo plus allant, ainsi tout  concoure à l’ensoleillement de ce mouvementLa marche mécanique et forcée (parodiant un peu une marche au supplice , fait place à une danse mesurée et joyeuse : tout s’éclaire , c’est le printemps, les motifs deviennent ascendants, les intervalles de tierces adoucissent les harmoniques, (on avait remarqué dans la première partie des suites de quintes à la Debussy et autres quartes) A présent le ton de la fête (galante) s’affirme. .On pourrait conclure à une pièce aux variations de style trop grandes, aux couleurs changeantes : contemporaines, jazzy, et puis quasi néo classiques ,(ce genre de musique de « plein air » ou pour une fête galante d’un Boismortier ) pourtant on reconnait bien la plume du compositeur, et ses accents fourcartiens, distillés ça et là, ainsi les arpèges du piano des ménades, les motifs et la  mélancolie du quatuor, l’énergie du trio du même compositeur.Autrefois,le poète dans ses correspondances, désirait que
« Les parfums, les couleurs et les sons se répondent dans une ténébreuse et profonde unité. «On oserait dire ici , « plus malicieuse » que « ténébreuse » car il est indéniable que l’auteur joue , au coeur de cette pièce à vocation synesthésique, et il joue pour les mélomanes tellement bien de sa plume !

Emilie

=> JLF : Merci Emilie !

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