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Colophane

Un article de Wiebke Drenckhan Et Jean Farago (Le Monde du 6/11/2019)

Depuis Verlaine, on sait que l’automne et le violon ont quelques correspondances, sur lesquelles le poète reste cependant évasif. S’agit-il des couleurs fauves que le violon emprunte à l’automne, ou de sa voix si particulière, dont le son entretenu évoque les longues plaintes des vents de la saison ? Ce timbre unique du violon et des instruments de sa famille provient de son mode d’émission, où les cordes frottées par l’archet produisent un son continu.

On assiste là à un petit miracle, car l’excitation continue d’une corde et sa vibration libre (condition de l’émission d’une note bien définie) sont a priori incompatibles. Pour rendre ceci possible, les musiciens ont dû trouver une astuce. Car le son ne peut pas être produit par le simple frottement de crins de cheval sur une corde tendue : quand on passe un archet dont la mèche est neuve sur un violon, on n’entend strictement rien ! Et pour cause : la tension de la corde est tellement importante que les crins, assez élastiques, ne peuvent jamais l’entraîner, sauf en appuyant très très fort (mais alors, adieu les pianissimos !). La solution élégante et pragmatique, optimisée au terme d’une évolution historique sans doute longue, consiste à disperser sur l’archet des particules micrométriques de colophane.

Ce produit issu de la résine de pin ressemble à un ambre cassant dont la couleur varie du jaune orangé au noir. Dans les coulisses des salles de concert, les musiciens frottent leur archet contre un bloc de colophane, produisant une poudre blanche qui adhère naturellement aux crins. Et le miracle opère : sans pression excessive, l’archet entraîne désormais les cordes, et le musicien peut moduler avec finesse la puissance acoustique qu’il émet.

« Coller-glisser »

Pour le physicien, le processus à l’œuvre au point de contact du crin et de la corde est un phénomène passionnant. Continuer la lecture de Colophane

Le « Groupe des six »

L’auditorium de Radio France avant le concert

Arthur Honegger, Darius Milhaud, Francis Poulenc sont les plus connus de ce groupe de six compositeurs du début du XXe siècle, (avec Georges Auric, Germaine Tailleferre et Louis Durey) . Le 4 octobre dernier,    l’Orchestre Philharmonique de Radio France, ses solistes et son chef, Mikko Franck nous proposait l’écoute des pages les plus connues de ces trois compositeurs :

  • Pacific 231 de Honegger : quelle jouissance d’entendre ce train musical, d’écouter les souvenirs remonter de ma prime enfance , ces grondements et sifflements de la machine à vapeur, ce martellement cadencé du parcours sur la voie ferrée, le son modulé du passage dans les tunnels, sur les ponts et cette arrivée finale en gare, toute en puissance sonore !
  • Scaramouche de Milhaud, avec l’interprétation toute en nuances délicates de Jess Gillam, une jeune et brillante saxophoniste
  • Le Bœuf sur le toit du même Milhaud : quelle jubilation d’entendre à nouveau cette œuvre qui m’avait fait découvrir la bitonalité (*), quand j’étudiais l’Harmonie musicale
  • La Sonate pour flute et piano de Poulenc avec les deux solistes du Philharmonique, la brune et longiligne Magali Mossnier à la flute et la blonde Catherine Cournot au piano, toutes deux remarquables de virtuosité dans cette œuvre difficile
  • Et enfin la Symphonie n°3 « Liturgique » de Honegger dont il dit, en 1946 « J’ai voulu symboliser la réaction de l’homme moderne contre la marée de barbarie, de stupidité, de souffrance, de machinisme, de bureaucratie qui nous assiège … J’ai figuré musicalement le combat qui se livre dans son cœur entre l’abandon aux forces aveugles qui l’enserrent et l’instinct du bonheur, l’amour de la paix, le sentiment du refuge divin ». On ne saurait mieux exprimer les sentiments qu’en génère l’écoute.

(*) Voir la leçon N°19 de mes 20 leçons d’harmonie

A Rainy Day in New York

Un jour de pluie à New York

C’est l’histoire de deux tourtereaux de la riche bourgeoisie américaine. Deux journées ébouriffantes à Manhattan sur un scénario un peu foutraque dans la lancée des meilleures comédies de Woody Allen, un film qui vibre de musique jazzy, de tendresse, de fantaisie et de finesse, qui fait des bulles comme une coupe du meilleur champagne. A voir sans délai ! 🙂