Archives de catégorie : Ecrits et littérature

La nature des choses, les choses de la nature

Ma Bibliothèque numérique

Avis aux Musiciens et Bibliophiles :
J’ai enfin mis de l’ordre, probablement pour la dernière fois, et complété ma Bibliothèque Musicale autour des 20 leçons d’harmonie : textes de références musicologiques, audios et vidéos pédagogiques en matière d’Harmonie musicale, de Musiques contemporaines et de Jazz. C’est une somme encyclopédique à visiter, éventuellement à déguster;)
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Michel Portal

Michel Portal est décédé à l’âge de 90 ans le 12 février 2026.

Clarinettiste virtuose,  c’était autant un musicien classique reconnu comme tel par ses pairs, qu’un jazzman célèbre.  improvisateur instrumentiste accompli. Pour ma part je l’ai suivis au Chatelet  interprétant Mozart, et à Pleyel avec son sextet de jazz. 

Parmi les innombrables videos de l’artiste, en voici une de jazz :

 et aussi ce film historique de Francis Marmande montrant Portal jouant Mozart.

Francis Marmande anticipant sa  propre mort avant celle de son ami avait écrit  l’article nécrologique de Michel Portal dans son journal Le Monde. Un article qui dit tout sur ce génial musicien. Pour mes lecteurs abonnées au Monde voici cet article :

Et pour les autres, celui-ci qui leurs est offert. : 😉

https://www.lemonde.fr/article-offert/60cedfbfb81c-6666869/michel-portal-inclassable-musicien-du-classique-au-jazz-est-mort

Interpréter une œuvre musicale

Comment prendre connaissance et interpréter une œuvre musicale ? Faut-il y aller « à l’instinct » en essayant simplement de respecter au plus prés les indications figurant sur la partition ?
Faut-il au contraire à l’instar des grands interprètes approfondir la composition dans son contexte : projet du compositeur, circonstance de son travail (vie matérielle et affective), influences musicales du moment,  contraintes (notamment d’instrumentation) ou au contraire facilités dont il a pu momentanément bénéficier, etc.

Sidonie Blaise dans un article du Monde  approfondit le sujet en analysant  le livre « Interpréter. Pour une théorie de la reproduction musicale » (*) du philosophe Theodor W. Adorno (1903-1969) . Voici quelques extraits de  cet article :

Dans cet essai, qui réunit en particulier des notes sur Frederick Dorian, Wagner, Bach, Beethoven, Berg ou Schoenberg, le philosophe de l’école de Francfort, également pianiste et compositeur, fonde sa réflexion sur le fait que « la musique n’est pas un langage », mais une « langue sans intentions ». Il se propose ainsi d’élaborer une théorie de l’interprétation qui soit spécifique à cet art (…) Face à l’écueil d’une interprétation musicale « historiciste » (qui respecterait scrupuleusement la lettre de la partition), le philosophe prône une interprétation dans l’esprit de l’œuvre, qui consiste pour le musicien à l’analyser et à la comprendre comme un tout avant de la jouer avec sa gestuelle et son corps propres – pensons à la forme et à la force des mains du pianiste, qui structurent son style (**).

Opposé à toute pensée relativiste, selon laquelle l’interprétation dépendrait de chaque musicien, Adorno esquisse, par une fine dialectique, une théorie générale. L’interprète, dans sa subjectivité même, doit viser un juste accord avec les notations et la gestuelle suggérée par ces notations afin d’éclairer la cohérence de l’œuvre. Ainsi, « l’objectivité de la reproduction présuppose la profondeur de la vision subjective, sous peine de n’être que le décalque rigidifié de la surface ».
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(*)Interpréter. Pour une théorie de la reproduction musicale
(Zu einer Theorie der musikalischen Reproduktion. Aufzeichnungen, ein Entwurf und zwei Schemata),
de Theodor W. Adorno,
édité par Henri Lonitz, traduit de l’allemand par Martin Kaltenecker, Philharmonie de Paris Editions, « La rue musicale », 448 p., 17 €.

(**) Cette remarque sur la gestuelle d’une oeuvre me rappelle cette anecdote que m’a raconté Florentine Mulsant « Quand j’ai montré ma partition à Demarquette, il m’a dit : Dans cette tonalité tu ne me facilites pas l’interprétation, en la baissant d’un  demi ton je pourrais utiliser la » corde à vide » ce qui serait beaucoup plus simple ».
Ou cette autre du pianiste Eric Heidsieck : « Chez Ravel ou Chopin, on sent le pianiste car il compose en facilitant le passage du pouce dans les montées rapides ».