Zoroastre de Rameau à  l’Opéra Comique

Une production suédoise de Rameau, chantée en français comme il se doit ? Quelle surprise d’entendre une troupe étrangêre s’approprier ce que nous considérons souvent comme typiquement français.

La crainte d’avoir à  supporter un français approximatif pendant 3 heures fut vite apaisée. Seul Abramane (le méchant) avait un accent gênant. La qualité du français chanté était vraiment remarquable. Peut-être Rameau n’en aurait pas été surpris, car à  l’époque le français était la langue la plus répandue en Europe. Et puis, Stockholm nous a emprunté Descartes et Bernadotte…
L’opéra comique programme toujours de nombreuses manifestations d’accompagnement à  chacun de ses opéras. C’est ainsi qu’il y avait un colloque intitulé « Le merveilleux dans l’opéra baroque », et une exposition sur « Les merveilles de la scêne baroque ». Je dois dire que de merveilles sur scêne, nous n’eà»mes pas beaucoup. C’est sans doute un défaut récurrent aux coproductions : elle ne peuvent pas s’appuyer sur les moyens techniques d’un théà¢tre en particulier. Le dernier acte était même donné sans aucun décor, le fond de scêne apparaissant dans sa nudité banale. Du coup, les 3 heures du spectacle paraissent par moment bien longues. On regrette les mises en scêne superbes qui ont accompagné la renaissance de l’opéra baroque français, menée par William Christie : Atys, Les Paladins, Les Boréades… Voici un extrait du spectacle (cliquer), tel qu’il a été présenté initialement en Juillet 2006, à  Drottningholm (Suêde).
Il est vrai que le livret ne brille pas par l’originalité. J’ai toujours été surpris par le manque de variété dans les sentiments exprimés et le vocabulaire employé par le « grand style » français, Corneille, Racine, etc. L’absence totale de dissimulation y contribue sans doute : les personnages disent (ou ici, chantent) exactement ce qu’ils pensent. Le programme écrit « Pour la premiêre fois, l’opéra français délaisse l’univers gréco-latin pour se tourner vers l’Orient des grands mythes où¹, le symbole et l’humain s’unissant sans entraves, est née la véritable sagesse antique ». Tout de même, dans ce livret de V actes se déroulant en Bactriane, pas une seule particularité locale, c’est un peu fort ! On pouvait prendre le texte et le transposer à  Rome sous César ou en Angleterre à  l’époque du roi Arthur, on n’aurait pas changé un seul mot ! Vous trouverez le livret ici (cliquer). L’action se résume à  des allers-retours dignes de séries de super-héros : les vilains font un mauvais coup – le héros les baffe – les vilains font un nouveau mauvais coup – le héros les re-baffe…
Le texte de présentation indique « Partitions réalisées par les Arts Florissants, William Christie« . Effectivement, c’est ce qui était marqué sur les partitions, que je suis allé voir à  l’entracte. à‰crites à  la main, elles fleuraient bon la reconstitution de musicologue. Le tout largement raturé, entouré, découpé par des marques de couleur provenant de deux ou trois successions d’interprêtes. Pour se simplifier le travail, le scribe (William Christie lui-même ?) a groupé plusieurs instruments par partition. Ce ne sont donc pas des parties individuelles. La musique de Rameau est variée, en particulier harmoniquement, même s’il y a des formules toutes faites qui reviennent souvent. Une par exemple : la phrase vocale qui se finit sur une quinte descendante dominante – tonique, un temps ou un demi-temps aprês la cadence (où¹ la basse a elle-même fait dominante – tonique). Alors que Zoroastre est connu pour être une des premiêres partitions avec des clarinettes dans l’orchestre, celui de ce soir n’en contient pas ! Peut-être les clarinettes étaient-elles présentes dans la version de 1749, demi-échec, mais pas dans celle de 1756, présentée ici, où¹ Rameau et son librettiste Cahusac ont gommé et réécrit tout ce qui avait surpris dans la premiêre version ? Les parties de cor étaient jouées sur des cors naturels. Ceux-ci étaient pourvus de 3 corps de rechange, pour s’adapter aux diverses tonalités utilisées. C’est la premiêre fois que j’observais un instrumentiste changer le corps de son cor (si j’ose dire). Dans les bizarreries de l’instrumentation, on relêve que les altos sont divisés en altos I et altos II. Le continuo comprend un violoncelle, et … deux clavecins ! Dont l’un tenu par le chef, Christophe Rousset, qui se révêle un excellent continuiste. Celui-ci dirige « Les Talens Lyriques » par des gestes précis, de três faible amplitude, sans baguette. Le résultat sonore est três convaincant. Voici la véritable réussite de cette soirée : la musique. Aprês tout, c’est le principal. Jean-Armand Moroni

3 réflexions au sujet de « Zoroastre de Rameau à  l’Opéra Comique »

  1. Bonjour,
    Cette œuvre de Rameau m est surtout connue, effectivement, comme possédant des clarinettes dans son orchestration.Elles ne font que doubler du reste.Bizarre qu’elles soient si peu utilisées alors qu ‘elles sont présentes depuis la fin du XVII siècle par un certain Denner.Il faudra attendre 1791 et Mozart pour que la littérature pour cet instrument prenne son essor.
    Musicales salutations
    Esté

  2. La redécouverte des Boréades n’est en rien due à  William Christie, mais à  JE Gardiner à  Aix en 1982. Il a effectivement ensuite cédé le pas à  Christie dans ce répertoire, ce qui est fort dommage de mon point de vue.

  3. Merci de cette précision.
    Gardiner ne s’est pas spécialisé dans ce répertoire – il a d’ailleurs largement débordé sur la période classique puis romantique, avec son Orchestre Révolutionnaire et Romantique.
    Christie, au contraire, s’est spécialisé dans le baroque français. Il a d’ailleurs créé Les Arts Florissants dès 1979.
    J’ajouterai que l’on sous-estime souvent (moi le premier) l’importance de la mise en scène dans cette redécouverte des opéras baroques. Si Christie avait dirigé dans des mises en scène façon "Berlin Est" (comme l’Opéra de Paris nous en a régulièrement servi ces dernières années), Lully, Charpentier et Rameau auraient immédiatement pris cent ans de plus de purgatoire… Donc, merci Jean-Marie Villégier.

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