La princesse de Montpensier de Bertrand Tavernier

J’ai découvert mardi soir le film La Princesse de Montpensier en présence de Bertrand Tavernier au Cinéma du Palais à Créteil. Les 2 heures 19 passent assez vite. Sans doute pas le meilleur Tavernier mais une démonstration de ses qualités de grand cinéaste une fois de plus. Il permet aussi de relire Madame de Lafayette afin de se projeter dans une période controversée de l’histoire de France… Barbarie, conflits d’intérêts, un film jamais lugubre cependant grâce à la modernité du traitement : à tout prendre, on rit plus qu’on ne pleure… Tous les acteurs (les secondaires inclus) sont bien à leur place. Au premier plan, la jolie dame tiraillée (Mélanie Thierry), mais c’est surtout Lambert Wilson qui s’en tire avec panache, et un petit nouveau qui promet, Raphaël Personnaz, irrésistible en Duc d’Anjou ! Mis à part Lambert Wilson dont il n’a pratiquement pas parlé (lui ferait-il trop d’ombre avec l’autre film qu’il faut avoir vu, Des hommes et des Dieux ?), Tavernier a passé son temps à encenser ses acteurs et en particulier Mélanie Thierry. Mais situons d’abord le film et son réalisateur avec un extrait de cet excellent article du journal « Les Echos » :

Trois films français étaient présentés à Cannes, et chacun de ces films méritait un prix. Si  » Des hommes et des dieux  » de Xavier Beauvois et  » Tournée  » de Mathieu Amalric ont été récompensés à juste titre, Bertrand et sa Princesse sont rentrès bredouilles de la Croisette. Injuste. Car quel film plus que celui-ci méritait le prix de la mise en scène, du scénario (l’occasion de saluer l’immense talent de Jean Cosmos) ou du jury ? Voire un grand prix spécial pour l’ensemble d’une œuvre qui, de  » Que la fête commence  » à  » Dans la brume électrique « , de  » Coup de torchon  » à  » Capitaine Conan « , de » Un dimanche à la campagne  » à  » L.627 « , a donné les plus belles pages du livre d’or du cinéma français. Jeune homme de soixante-neuf ans, Bertrand Tavernier est allé chercher une vieille dame pétillante, Madame de La Fayette (dont on connaît surtout  » La Princesse de Clèves « , peu en cour à l’Elysée), pour vivifier le sang bouillonnant d’un gang d’acteurs prêts à faire jaillir l’épée au premier prétexte. La délicieuse Marie de Mézières (Mélanie Thierry), riche héritière du royaume, en pince pour le bouillant duc de Guise, bientà ´t nommé  » le Balafré  » (Gaspard Ulliel), lequel ne lui est pas insensible. Mais son père, après l’avoir  » tourmentée  » -ce qui, si l’on en croit les historiens, signifie qu’il l’aurait  » torturée  » -, l’oblige à épouser le prince de Montpensier (Grégoire Leprince-Ringuet), plus fade mais détenteur d’un solide passeport pour l’ascenseur social. Valable pour toute la famille. Raide dingue de la belle, le prince se révélera, le moment venu, passablement jaloux et susceptible d’écarts de violence. La Princesse de Montpensier est donc un film historique, déroulé à la manière des grands westerns, plans larges, musique grandiose de Philippe sarde, confectionnée à partir de pièces du XVIe siècle qu’il a réarrangées et orchestrées d’une façon très moderne et bienvenue. J’aurai souhaité pouvoir faire entendre notamment la musique du générique de fin, mais impossible de la trouver encore sur le net, non plus que le CD d’ailleurs, qui n’était même pas à vendre mardi. 🙁 A défaut, voici le « making of » : Mardi, les explications de Tavernier ont relevé les applaudissements « très respectables mais sans hurlements », comme disent les critiques… 🙂 Le film est très documenté, ne massacrant pas l’histoire, même s’il use des émotions de 2010. Le langage est celui d’aujourd’hui mais sans aucune parole qui fasse « d’jeune », aucun anachronisme, et il s’y glisse parfois de savoureuses formules inusitées aujourd’hui. Classique dans la forme, presque scolaire. « Classique » est d’ailleurs un qualificatif qui a le don d’énerver Tavernier, comme on le constate dans cet enregistrement réalisé avec mon téléphone (hélas, pour la qualité !) lors du débat qui suivit la projection.

Une réflexion au sujet de « La princesse de Montpensier de Bertrand Tavernier »

  1. Trés bon commentaire, moi aussi j’ai adoré et j’y suis retournée.
    La musique du générique ne voulait pas sortir de ma tête aussi et je voulais préciser qu’elle est maintenant téléchargeable sur Amazon à  environ 1€ voilà  merci !

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