Bruce Graham, l’architecte

Je vais vous dire ce qui différencie mon idée de l’architecture de ce que bon nombre d’autres architectes pensent. D’abord, l’architecture n’est ni de la peinture ni de la sculpture. Elle est beaucoup plus proche de la musique dont l’une des composantes est le temps. L’architecture partage l’espace et le mouvement. Elle a quatre dimensions : c’est ce que j’ai appris en me rendant à  Chartres.
Je grimpais sur la colline, j’y découvris la place puis la cathédrale, j’y pénétrais et soudain ce fantastique espace s’est ouvert à  moi.
Il y avait un enterrement, et ils jouaient le Requiem inachevé de Mozart. Je me suis mis à  pleurer. Se déplacer dans cet espace avec cette musique était incroyable.

C’est dans cette longue interview qu’il devait donner à  la revue de la firme SOM, quelques années aprês qu’il l’eut quittée, en 1989, que l’ingénieur Bruce Graham explique longuement sa découverte de l’architecture.
Qui n’a vu – et admiré, au moins en photos – ces fameuses tours, le John Hancock Center et la Sears Tower (rebaptisée Willis Tower) de l’architecte américain Bruce Graham, dans cette capitale de l’architecture moderne qu’est Chicago?
Bruce Graham est mort le 6 mars dernier à  Miami. Il avait 84 ans.

2 réflexions au sujet de « Bruce Graham, l’architecte »

  1. Euh, si mes souvenirs sont bons, le John Hancock Center et la Sears Tower, tous deux à  Chicago, ont été conçus par l’ingénieur-architecte Fazlur Khan de l’agence américaine SOM, l’un en 1969 et l’autre en 1974, la Sears Tower détronant à  l’époque le record de hauteur des tours jumelles du World Trade Center (1972/410-415m de haut) d’une trentaine de mètres (444m). C’est à  lui que l’on doit pour l’un cette armature de renfort faite de grandes poutres croisées en losanges, inspirées de celles de la Tour Eiffel et qui rend le John Hancock si reconnaissable. C’est d’ailleurs ce gratte-ciel qui inspira le célèbre film catastrophe "La Tour Infernale" (1975).
    Quant à  la Tour Sears, sa structure faite de prismes accolés dégressifs en a fait un cauchemar pour les employés des sociétés installés dans les étages les plus élevés : vent permanent, murs et vitres qui tremblent les jours de fort vent (pas rare à  Chicago), ascenseurs bloqués à  cause des mouvements de balancier infligés par le même vent aux structures sommitales, etc. On raconte même une anecdotes où¹ une employée de bureau, brutalement aspirée aux trois quarts dans le vide par une fenêtre qui venait d’éclater tout près d’elle et qui aurait été tout aussi brutalement "inspirée" à  l’intérieur, après quelques secondes d’une frayeur qu’on imagine….à  la hauteur du bà¢timent. Une légende ? En tout cas, la Sears qui avait été conçue uniquement à  des fins commerciales a été obligée de se doter d’un étage panoramique destiné aux touristes, avec entrée réservée au rez-de-chaussée, devant le grand succès remporté par sa hauteur.
    Le John Hancock, fut, à  son époque, le premier gratte-ciel "social", c’est-à -dire mélangeant bureaux, commerces et appartements (les plus hauts du monde pendant très longtemps). il y a même un hôtel et une piscine située à  plus de cent mètres de haut. On aménagea également devant l’immeuble une "piazzetta" destinée à  retenir les passants en créeant une aire de convivialité, jusque là  si souvent absente des gratte-ciel.
    Les deux tours, typiques de la course à  la démesure des années 1960-1970, partagent au moins le même type de revêtement extérieur en verre fumé, comme notre bonne vieille Tour Montparnasse nationale, de la même époque (1974), mais avec une hauteur bien plus considérable. De même, le procédé constructif est totalement différent. Les gratte-ciel américains sont entièrement structurés en poutres géantes et treillis métalliques tandis que leurs équivalents français sont bà¢tis autour d’un noyau central en béton armé d’où¹ partent les poutres métalliques supportant les planchers, telles les branches d’un arbres partant du tronc. C’est normal, les américains possède une tradition sidérurgique considérable (Pittsburgh) et les français sont les maîtres de la technologie du béton, depuis le milieu du XIXe siècle où¹ l’on osa élever à  Paris un immeuble entièrement fait de cette pierre artificielle promise, déjà  à  l’époque, à  un grand avenir.
    Yves RINALDI

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