16 èmes Victoires de la musique classique – Arsenal de Metz – 8 février 2009

Présenté comme à  l’accoutumée par Marie Drucker et Frédéric Lodéon, « le plus grand concert de musique classique de l’année » était diffusé en direct sur France 3 ce dimanche 8 février 2009 depuis l’Arsenal de Metz. Parrainées par le charismatique ténor Roberto Alagna et honorées par l’orchestre national de Lorraine dirigé par Jacques Mercier, ces 16 êmes Victoires de la Musique furent avant tout un divertissement musical grand public, chaleureux et allégrement mené. Programmer un tel concert un dimanche aprês-midi à  16 h 20, c’était lancer une invitation à  un public plus large, plus familial, encore que beaucoup se promênent à  cette heure là … Voici un compte-rendu pour les mélomanes qui ne l’auraient pas vu.

Distraire, éblouir et émouvoir dans une ambiance sympathique et enjouée semblait être le mot d’ordre. Outre les proclamations des lauréats, par catégorie, la cérémonie fut ponctuée de prestations d’ artistes exceptionnels, et parmi eux : le pianiste Lang-Lang, la jeune chef d’orchestre Ariane Matthiak, la soprano Joyce Didonato, les pianistes Katia et Marielle Labèque, le quatuor Ebêne, le pianiste David Frey, l’ensemble Matheus dirigé par Jean-Christophe Spinosi, le contre-ténor Philippe Jaroussky, et le musicien et humoriste, Gonzales. Les résultats du palmarès vous ont-ils surpris, satisfaits ou même carrément déçus? Tout cela est tellement subjectif ! Quand les artistes sont talentueux et nombreux, les choix s’avèrent d’autant plus cruels.

On se réjouira toutefois de la nomination de Sandrine Piau, élue « artiste lyrique de l’année », nous avions déjà  apprécié cette excellente soprano, nominée, les années précédentes. La barre était haute car les soprano Patricia Petitbon et Annick Massis concouraient au même titre. Le pianiste Pierre-Laurent Aimard est sacré « Soliste instrumental de l’année »… On regrette qu’il ne se soit pas fait plus entendre, une panne de retransmission télévisuelle empêcha en effet les téléspectateurs d’apprécier sa présentation. Notons que Pierre-Laurent Aimard excelle autant dans le grand répertoire classique que contemporain, il est un des plus grands interprètes de Messiaen, Ligeti, Benjamin, Elliott Carter, entre autres.

D’émotions en émotions, on en vient aux « révélations de l’année » le trompettiste Romain Leleu et la soprano Karen Vourc’h remportent la palme. Au moment de recevoir son trophée, le brillant trompettiste aura aussitôt une pensée « pour sa fille Clémentine qui aura six mois juste le lendemain ». Romain Leleu avec l’orchestre national de Lorraine, dirigé par Jacques Mercier interprètent alors en direct pour nous le concerto en mi b de Hummel.
– De la soprano Karen Vourc’h, normalienne et physicienne de surcroît (chercheuse en physique quantique) on retient sa grande sensibilité d’interprétation, il semble qu’elle soit autant musicienne qu’ excellente comédienne. Pour fêter sa Victoire c’est un air de la Bohême, de Puccini, qu’elle offrit en duo avec Roberto Alagna. On se souvient du rôle de Fanny qu’elle tint récemment auprès du grand ténor (opéra Marius et Fanny de Vladimir Cosma, créé en 2008 à  Marseille). Karen Vourc’h incarnera prochainement Mélisande (Debussy) à l’opéra comique, sous la direction de Sir John Eliot Gardiner.

La Victoire de la meilleure «formation de musique de chambre» est attribuée au trio Wanderer,, pour l’heure absent de la cérémonie, le trio adresse alors au public un message de reconnaissance, pré-enregistré. Recevant la récompense prestigieuse pour la troisième fois en 12 ans et se disant pourtant (à  tort) peu glamour, ils ne se félicitent pas moins de leur excellent et fin public.
Quant à  la victoire du meilleur compositeur de l’année elle est attribuée à  Bruno Mantovani, récompensé pour son album « Streets ». A 35 ans, ce jeune compositeur a déjà  plus de 50 œuvres à  son actif. Il est également passionné d’oenologie et Frédéric Lodéon, lui-même fin cuisinier, ne manquera pas de le rappeler, « il s’agit presque du même art » rétorquera le compositeur, souriant. Les deux autres compositeurs nominés, étaient Philippe Hersant et Karol Beffa.
Le trophée de l’enregistrement de l’année est accordé à  « Lamenti » Le Concert d’Astrée, dirigé par Emmanuelle Haà¯m (EMI/Virgin) (avec Natalie Dessay, Patrizia Ciofi, Philippe Jaroussky, Véronique Gens, Joyce DiDonato, Rolando Villazà²n, Topi Lehtipuu, Christopher Purves, Marie-Nicole Lemieux, Laurent Naouri, Simon Wall) Du répertoire et des œuvres entendues, on peut dire qu’il y en avait pour tous les goûts, classiques ou non, ainsi Ravel, Puccini, Haà«ndel, Telemann, Bach, Liszt, Khatchaturian, Eric Tanguy …

Quelques moments inoubliables :

Lang Lang jouant la Rhapsodie hongroise n° 2 de Franz Liszt sous le regard émerveillé des sœurs Labêque; ce pianiste considéré comme un demi dieu en Chine, admiré aux USA, jouera Salle Pleyel, à  Paris, ce 12 février. -« Il y a prês de 36 millions de pianistes en Chine, la compétition est rude » commente Frédéric Lodéon. De son interprétation époustouflante, à  la fois cristalline et rock ‘n’ roll, on se délecta sans mesure. La saisissante Rhapsodie, emprunte d’une certaine magie venue d’Orient et forte de la signature romantique alla Franz Liszt, fit même entendre son rire…

-Autre instant rare, les soeurs Labèque, très émouvantes, lors de leur remise de trophée, étonnées de recevoir chacune une Victoire d’honneur, tant elles sont habituées à  tout partager dans leur vie de musiciennes.

– Il faut citer aussi Roberto Alagna, star internationale, mais aussi désarmant de simplicité, quand , prenant le micro, il expliqua directement à  un spectateur cet aprês-midi « pourquoi il n’interprétera pas André Chénier ce jour là .. », « il se trouve que c »est un rôle un peu trop lourd pour moi »…
–  Le chef d’orchestre et violoniste Jean-Christophe Spinosi, entouré de tous ses musiciens, jouant tous debout, frappant le sol du pied, interprétant Teleman, comme jamais personne auparavant, avec fougue, ou bien, le même chef, esquissant une valse-tango avec Joyce Didonato… « Je vais mettre le feu à  ces Victoires » avait il promis à  Marie Drucker, aussi la salle, enthousiaste s’enflamma un court instant.

D’autres artistes surent nous émouvoir : Ariane Matthiak surnommée par Frédéric Lodéon, la Barbarella de la direction d’orchestre, et dirigeant effectivement avec brio et grâce, la Sinfonietta d’ Eric Tanguy, d’ailleurs présent dans la salle, et dans cette œuvre éclatante, les cuivres sont vraiment à  l’honneur. David Frey, assis au piano, adossé à  une chaise, et qui de loin nous rappelait un illustre pianiste canadien, nous enchantera par son 4ème concerto en La majeur de Bach, dirigé par Ariane Matthiak. Le Quatuor Ebêne Pierre, Matthieu, Raphaël, Gabriel (sont-ils apôtres ou archanges de la musique ? ) interprétèrent le quatuor en sol m de Debussy. Ces jeunes musiciens s’envoleront bientôt pour une tournée aux USA, en mars prochain.

Une surprise à  ajouter à  ce véritable festival musical : le numéro de clown raffiné, exécuté par Gonzales, musicien canadien à  l’humour caustique. Il réussit à  peine à  faire sourire le public encore trop réservé en ce début d’émission. « On le voit entrer en scène, en pantoufles et robe de chambre, très smart cependant. On l’observe démonter naturellement son piano droit, laissant voir le mécanisme des marteaux à  ciel ouvert On écoute sa leçon de musique sur « l’avantage d’intervertir les modes majeur et mineur, dans certains morceaux, il s’amuse à  les déformer, comme le font les miroirs d’un musée Grévin, en caricaturant par exemple des thêmes célèbres, tel l’ hymne à  la joie de Ludwig ..Il soufflera même dans un tuyau relié à  un mélodica, sur lequel il pianote d’une main un thème musical, celui des Chariots de feu de Vangelis. Lodéon nous avait prévenus, « il va vous surprendre » et à  la question de Marie Drucker « mais comment les puristes de la musique classique réagissent- ils au style Gonzales ? Frédéric Lodéon rétorque sans hésiter « On s’en moque ! nous on aime la musique. »

Il faudra bientôt conclure, Roberto Alagna interprête alors l’air célébrissime de la Tosca de Puccini, E lucevan le stelle et nous sommes transportés d’emblée au coeur de cet opéra. Puis dans un tout autre répertoire, c’est au tour du contre-ténor Philippe Jaroussky três applaudi, entouré du dynamique ensemble Matheus, dirigé par Jean-Christophe Spinosi, d’ajouter à  cette belle émission une note poétique et singulière, en interprétant un air de l’opéra Polyphême du compositeur italien Nicola Porpora (1686-1768).

Hector Berlioz aura le vrai dernier mot, avec sa marche hongroise, extraite de la damnation de Faust, et l’orchestre national de Lorraine, sous la direction de Jacques Mercier « chef souverain à  Berlin », (comme le précise Frédéric Lodéon ) s’en donnera à  coeur joie. Si le duo Marie Drucker- Frédéric Lodéon sait mener ce bal musical, avec maestria, humour et élégance, on ne peut que s’en féliciter. Le public, quant à  lui, semble étrangement plus « lointain », peut-être n’est-il pas aussi réservé et timide qu’il en a l’air, mais tout simplement peu filmé et finalement assez peu montré. Tandis que le générique est lancé, tous les artistes réunis reviennent en scène, et comme au théâtre, les acteurs des 16èmes Victoires de la musique, se tiennent par la main, et saluent en toute simplicité. La somptueuse et lumineuse salle de l’ Arsenal de Metz que l’on tient pour la plus belle salle de concert d’Europe, est bien signée quant à  elle par l’architecte catalan Ricardo Boffil.

Emilie A.

2 réflexions au sujet de « 16 èmes Victoires de la musique classique – Arsenal de Metz – 8 février 2009 »

  1. Retrouvez quelques extraits des "Victoires de la musique classique 2009 à  Metz " :

    – Ce qui se passe en coulisse une heure avant l’émission :
    culturebox.france3.fr/all…

    Entendre Roberto Alagna chanter « le dernier jour d’un condamné »

    http://www.youtube.com/watch?v=Q...

    ainsi que le duo Alagna/ Vourc’h dans la Bohême :

    http://www.youtube.com/watch?v=1...

    écoutez Jarrousky et l’ensemble Matheus dirigé par Spinosi
    http://www.youtube.com/watch?v=4...

    et même suivre sur une partition de Porpora :
    http://www.youtube.com/watch?v=O...

  2. Du haut de ma montagne (ou il fait décidément bien froid, avec trop de neige, on n’est jamais content !), je n’ai pas eu la possibilité de suivre l’émission a la télévision. Il faut dire que programmer cela en pleine après midi plutôt qu’en début de soirée…Bref !
    En mon nom et au nom de tous les téléspectateurs mélomanes et frustres, merci Emilie pour ce compte rendu détaillé ! 🙂

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