L’Heure musicale au Marais : Ravel, Sernee, Rinaldi

Il y avait au moins deux raisons importantes de se rendre au concert : l’heure musicale au Marais ce 25 octobre 2008 : – la création d’œuvres musicales de deux talentueux compositeurs John Sernee et Yves Rinaldi, sur des poêmes d’ Oscar Mandel, et

– la découverte d’une cathédrale érigée en plein coeur du Marais à  Paris et ignorée par la plupart d’entre nous. Une église mystérieuse, chargée d’histoire : La Cathédrale Sainte-Croix-des-Arméniens de Paris

En l’approchant depuis les Archives nationales, l’église, discrête, se présente de profil, se confondant presque sur un côté avec les immeubles avoisinants.Une fois franchi l’imposant portail,un espace large et accueillant, mais assez faiblement éclairé, s’offre à  nous. Ce soir là , dês 19 h 15 le public se pressait déjà  nombreux, sous la grande voûte de Sainte Croix.

Au fond de la nef, trône l’orgue Cavaillé-Coll, qui semble être la fierté de cette église, joué jadis par d’illustres organistes tels Camille Saint- Saà«ns, Jules Massenet et César Franck. Face à  l’orgue, côté Choeur, un grand rideau de velours rouge, tapisse la « scêne musicale » et donne une note plus intime et feutrée à  cet espace généreusement garni par des tableaux, sculptures et objets religieux.
Un concert en trois temps : Aprês une brêve et chaleureuse présentation, pianiste et soprano entrent en scêne, et interprêtent en premier lieu trois mélodies de Ravel sur les textes de Jules Renard : Le Paon, le Cygne, La Pintade Ces piêces du répertoire si bien appréciées du public eurent le succês espéré. Quel choix judicieux d’introduire ce concert avec ces trois belles mélodies ! Remarquons qu’avant toute exécution musicale, les récitants, la comédienne Catherine Lejaud et le poête et écrivain Oscar Mandel, eurent soin de s’acquitter merveilleusement des textes poétiques (concrétisant le mot d’un célêbre musicien:
« avant d’écouter un texte chanté et pour en bien comprendre les paroles : lisez-le! »). Moment émouvant, pendant la seconde partie, où¹ Oscar Mandel lut son œuvre « le fou rêve de l’amoureux », Texte quasi chanté par l’écrivain ! Il sera suivi d’une brillante interprétation de la soprano Yuri Koma௠et de la pianiste Kanae Endo . « Ce jardin vingt fois plus beau que paradis » retiendra -t-on. Dans cette mélodie dédiée pourtant au piano et à  la voix, nous entendons une œuvre de notre temps, libérée de tous archétypes.A la fois intime et tumultueuse, mais toujours fortement contrastée, cette œuvre puissante « le fou rêve de l’amoureux » s’apparente beaucoup à  une piêce symphonique. Le compositeur Yves Rinaldi, ne nous a t-il déjà  pas familiarisés avec ce grand répertoire, dans la mélodie  » Il lui disait … » ? Espiêgles et poétiques, et d’autant plus proches des histoires naturelles de Jules Renard, les fables d’ Oscar Mandel ont été finement mises en musique par John Sernee. Son style si particulier se reconnaît dês les premiêres notes, toutefois ces piêces-là  bien que contemporaines, sont différentes d’une œuvre telle que Piano Trio C ou l’ Accordeur et s’ inscrivent dans un style plus tonal. Le compositeur n’a pas hésité aussi à  verser dans l’humour et à  rendre musicalement le caractêre comique de ces fabliaux. Toutes ces mélodies : « Une puce proteste, le goujon vaniteux, le corbeau et le mendiant, la chenille et la feuille, le rocher et la mer » prouvent par leur élégance et leur sens de la dérision, qu’écrire une mélodie est un art tout à  fait contemporain. Un regret cependant quant à  l’acoustique parfois réverbérante (pour un piano) et la diction (chantée) perçue comme assez lointaine par certains auditeurs, assis au fond de nef. La chaire située ici, juste à  droite, et au centre de la nef, aurait été le lieu privilégié pour réciter de tels vers, peut-être même sans le truchement d’aucun micro. Quant au piano, le déplacer plus au centre de la nef, aurait permis aux auditeurs de l’entourer en demi- cercles: mélodies, poésies, riment aussi avec intimité et clarté. Malgré ces détails, on ne pouvait que se réjouir d’une telle soirée littéraire et musicale, de rêve, d’autant qu’au moment de franchir le portail, et de retouver l’agitation du Marais, un autre angelot, certainement une réplique vivante et juvénile des anges du-milieu-de-nef, nous présentait quelques-uns des ouvrages poétiques d’Oscar Mandel tels « Histoire de la Patagonie » ou un recueil de ses fables : histoire de prolonger notre rêve automnal. Tout au long du concert, le compositeur Yves Rinaldi, s’est aussi acquitté du rôle de tourneur de pages, auprês de la brillante pianiste, Kanae Endo, avec la conscience et la concentration d’un véritable chef d’orchestre. Aprês la lecture réjouissante de La reine de Patagonie et son caniche, par Oscar Mandel et Catherine Lejaud, le piano solo et três contemporain conclut avec brio ce concert inaugural. Il ne nous reste qu’un ou deux souhaits à  formuler : féliciter et retrouver três vite tous les acteurs de cette soirée d’octobre, et réentendre comme promis le concert entier.
© Emilie A.

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