Conservatoires ou conservateurs?

« Tous connectés« , voilà  ce que projette le gouvernement français. pour faciliter l’accês des Français à  l’internet en 2012. Mais qu’en sera t-il des conservatoires et écoles de musique françaises ? La question s’est posée lorsque nous avons conçu le projet d’envoyer par mail une affichette dans les Conservatoires de France et de Navarre pour faire la promotion de notre Concours de composition. « Personne ne communique par emails dans ce milieu; ils ne savent pas se servir d’un ordinateur« , m’a-t-on averti de tous cotés (*). Alors, les cancres de l’internet se recruteront–ils encore en 2012 parmi ces professeurs et instrumentistes ?

Aujourd’hui, on parle de « fracture numérique » pour les populations qui ne peuvent accéder à  l’internet du fait de leur situation géographique. Ce n’est généralement pas le cas des Conservatoires de musique(**). Alors, fracture sociale?
Les français qui ne disposent que de 900 euros par mois sont 22% à  avoir accês à  l’internet, contre 82% pour les cadres supérieurs. Le budget pourrait donc être une premiêre réponse pour ce corps professoral récalcitrant. Mais dans les universités, ce même corps professoral fait maintenant une large utilisation de l’internet. Alors? Fracture psychologique (« L’internet? Je n’en vois pas l’utilité« )?
Il est vrai que pour jouer du piano, manier l’archet, souffler dans une flà»te ou un cor d’harmonie, rien ne vaut l’enseignement par la pratique de l’instrument. Mais l’enseignement du solfêge, (discipline Oh! combien difficile!) aurait tout à  gagner à  être « assisté par ordinateur », tout comme l’enseignement de la Composition. N’utilise t-on pas le « laboratoire de langues » pour apprendre les langues étrangêres? Alors, fracture générationnelle ?
Bof ! Il me souvient d’une bande de jeunes instrumentistes (28-30 ans) parties prenantes dans de grands orchestres nationaux, tous sortis récemment de grands conservatoires (Paris, Lyon) qui avouaient piteusement leur impuissance face à  un clavier d’ordinateur ou à  une souris incapables qu’ils étaient de lire et de donner un avis sur le compte rendu d’un concert que je publiais sur ce blog. Les musiciens fraîchement sortis des conservatoires reproduiraient-ils les inhibitions de leur professeurs face à  « l’informatique », à  l’internet, aux MP3, et plus généralement à  la musique contemporaine et à  ses grands sorciers de l’Ircam? – Allons, ne verse pas dans le pessimisme ! me dit-on. Regarde, même Fréderic Lodéon, cette grande voix de la musique classique, s’y met. Vois son site. Hum… Consumérisme? 😉 (*) Le mailing et son affichette est donc finalement partie par voie postale « ordinaire », mais pas au même coût. Faudra t-il passer de la pub sur les site pour payer nos débours? :-/ )
(**) Il faut disposer d’une liaison téléphonique fixe reliée à  un central pas trop éloigné pour bénéficier de l’ADSL haut débit, ce qui est généralement le cas des citadins. Mais les exceptions existent : habitant la banlieue parisienne (à  15 km de Paris) je doit faire appel au satellite pour bénéficier de l’internet. Et dans la montagne la plus reculée, les résidents bénéficient d’un ADSL fonctionnant « plein pot » par ligne téléphonique.

7 réflexions au sujet de « Conservatoires ou conservateurs? »

  1. Je réagis ici par rapport à  (*) .

    Un peu de publicité, si elle est ciblée, n’est pas un problème.

    Au contraire, c’est un moyen pratique d’accéder à  des choses que de toutes façons nous aurions cherché sur internet. Des partitions, du matériel musical, du logiciel, des CDs, que sais-je…

    Si ça peut aider le site (et son webmaster 🙂 ), je suis pour !

  2. Le billet de Jean-Louis est extrêmement intéressant à  bien des égards. Il rend en particulier bien compte de la distorsion qui peut exister entre ceux qui, comme nous ici, avons totalement intégré l’outil Internet, et ceux, plus nombreux qu’on ne le croit qui ne le comprennent pas ou le refusent. Dans une réunion de profs de musique récente, un professeur disait ne pas vouloir même de carte bleue!…
    J’ai bien aimé aussi découvrir le site de Philippe de l’Odéon et m’y suis déjà  inscrit. C’est l’avenir, je vous dis! (bon, ça y est, ça recommence… )

  3. Je plaide complètement pour la fracture psychologique.

    On oppose souvent l’authenticité de la musique classique à  la technologie actuelle, considérée comme artificielle (combien de fois j’ai entendu "La musique électronique, c’est pas de la musique", même si les DJ français "exportent" leur musique dans le monde entier).

    Mais soyons optimistes : la prochaine génération aura connu internet et le mp3 dès le plus jeune à¢ge et intégrera naturellement ces outils.

  4. Je pense aussi. Pour eux ca ne passera pas comme une "avancé technologique" ou une "nouveauté". C’est sans doute ce qui bloque (ou ce qui fait faire n’importe quoi à  cetains ausi parfois) aujourd’hui

  5. Je suis professeure dans un conservatoire de musique du Québec et on essaie (quelques amis et moi) de passer l’idée de développer un programme e-learning pour soutenir l’enseignement des matières théoriques…. Il faut cibler sur la complémentarité de ces cours donnés à  ceux en présence du prof. Et les esprits s’ouvrent peu à  peu… Mais il est vrai que ce n’est qu’un début….

  6. Hé bien, une fois de plus, les Québécois auront montré l’exemple !
    C’est déjà  sur les sites de l’université de Montréal que l’on trouve les cours les plus intéressants en matière de théorie musicale en langue française…

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