Don Juan à  la Bastille, mise en scène de Haneke.

J’étais à  la Bastille, hier soir, pour cette reprise de Don Juan de Mozart (Amadé, et non Amadeus!) dans une mise en scêne de Michael Haneke. Mise en scêne absolument fascinante, toute entiêre au service de l’action, même si elle se discute(*) dans son parti pris de transposer le drame dans notre siêcle, avec un décor urbain minimaliste que tout le monde situe sans peine dans une tour du quartier de la Défense ou dans tel quartier de Berlin, ou encore dans un des niveaux d’une ville souterraine, Montréal ou le Forum des Halles : décor nu, froid, sombre, oppressant, non habité (ce sont les locaux d’une entreprise, la nuit), fonctionnel et sans à¢me comme son hôte, Don Juan.

Ce Don Juan-ci est criant de vérité. Cadre supérieur plein de morgue et de condescendance pour les « petites gens », ici une escouade de techniciens de surface (idée géniale!), c’est un détraqué sexuel violent, violeur, surineur, un être totalement habité par son obsession, sans aucun état d’à¢me; et en même temps il est plein d’une inépuisable énergie et d’un optimisme délirant dans l’action, malgré ses déconvenues. Peter Mattei, moderne Don Juan est époustouflant dans ce rôle. Il n’y a que la fin qui m’ait déçu: les scênes finales, à  partir de l’apparition du Commandeur sont traitées d’une façon peu convaincante; en tout cas elles sont mal réglées, ça sent son artifice à  plein nez, je n’en dirai pas plus, pour ne pas déflorer le sujet. Voilà  peut-être la limite de l’exercice: la mise en scêne et son rythme sont en complet décalage avec la musique majestueuse et habitée de Mozart.
D’ailleurs tout est réglé comme si la mort de Don Juan devait coù¯ncider avec la fin de l’opéra; le public a même commencé d’applaudir à  ce moment! On garde de cette fin une impression étrange. Aprês cette mort, la derniêre scêne avec les plaintes, états d’à¢me, projets des uns et des autres, et surtout la « morale de l’histoire »: Questo ê il fin di chi fa mal! (ainsi finit qui mal agit), tout semble superfétatoire aux spectateurs du XXIe siêcle! Il reste que les chants et l’interprétation des chanteurs, ainsi que les jeux de scênes sont superbes, même si l’orchestre de l’Opéra, dirigé par Michael Gà¼tter se montre un peu en deçà  de la main, sauf peut-être au moment de l’apparition du commandeur.
Tiens, pour comparer, voici un extrait de ce même passage avec Ruggiero Raimondi en Don Juan, John Macurdy en commandeur, José Van Dam en Leporello extrait du DVD de Losey: (*) D’aucuns n’ont pas apprécié cette mise en scêne justement parce qu’elle est terriblement dépourvue de poésie: on est cerné par ces murs froids, ce décor minéral; cet enfermement est déjà  l’enfer. Peut-être qu’on aime ou non suivant qu’on est ou non amateur de roman noir, de roman policier? 🙂

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