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Olivier Calmel, portrait d’un compositeur lauréat

Un long jeune homme à l’allure d’éternel étudiant entre derrière moi dans ce café de la place de la Nation où nous nous sommes donnés rendez-vous.

Ce que je préfère dans la vie ? Les jolies femmes !
Hum ! Avec cette affirmation souriante, Olivier voudrait donner le ton. Mais cet entretien de deux heures nous brosse le portrait d’un homme certes enjoué, mais réfléchi, résolu, passionné par son métier de compositeur, un brin romantique nous dit-il, bref… tout sauf un dilettante!

Dans la vie, j’ai un principe : je vais toujours jusqu’au bout de ce que j’entreprends.
Ça, avec cet air sérieux et décidé, on veut bien le croire  ! 🙂
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Les nouvelles d’Alex Millet, Compositeur

Alex, Compositeur associé du Salon de musique nous donne des nouvelles de ses œuvres récentes.
C’est toujours un évènement. 🙂 Voici son billet :

Les 2 pièces, Little March et the Witch’s Apprentice sont des pièces de niveau intermédiaire pour des étudiants, j’ai du changer pas mal de choses par rapport au MP3 (version originale) pour satisfaire l’éditeur qui se soucie beaucoup de la jouabilité et de la facilité d’écoute de ces pièces (il faut bien vendre).
Il a déjà  travaillé l’une d’elles avec son groupe de flutes me dit-il.
En fait ce sont des arrangements de vieilles pièces pour orchestres : rien de três original et tout cela est assez prévisible.

L’autre pièce pour flûte, Quick Silver, est plus longue, plus originale et très difficile : je vais quand même la soumettre à  un ensemble de flutes de Chicago avec l’appui de l’éditeur mais bon, je devrais faire pas mal de révisions sachant que les flutes alto et basse ont des contraintes techniques que seul un instrumentiste peut anticiper.

La bonne nouvelle c’est que ma première pièce pour Wind Band devrait être jouée à  la prochaine convention des orchestres de ce genre à  Chicago en décembre, dans le cadre d’une lecture à  vue par un orchestre pro: pas garanti qu’ils jouent le tout mais j’essaierais d’obtenir un enregistrement.

J’ai écouté plusieurs fois ton Quick silver, Alex. J’aime beaucoup. C’est original, en tout cas pour moi qui ne suis pas familier de ce répertoire; c’est « quick » en effet, et bien dans ton style, bruissant, frémissant, bondissant, très beau concert de flutes, aux confins de l’atonal comme je l’aime…quand je pense à  tes déclarations d’antan sur la musique atonale, tu te souviens? 🙂
Je vais en mettre un extrait à  la radio.
On peut déjà  l’écouter ici (pour ceux qui ont la bande passante suffisante :

Musique contemporaine, deux beaux exemples

Belle musique délicatement ciselée, à  la fois sombre et aérienne, lugubre et joyeuse avec ces ruissèlements cristallins du piano, ces notes qui s’échangent entre instruments comme dans un passage de relai, cette rythmique légêre qui colore subtilement les sombres résonances de la clarinette, ce discours musical dont la forme rappelle, par ses incidentes, ses accords insistants et ses couleurs à  la fois le « Pierre et le loup » de notre enfance (mais en oubliant le narrateur !) et le Stravinsky du Sacre … Mais foin de ces comparaisons ! Elles ne valent que pour donner l’envie d’en savoir plus ! Car vous l’avez compris, j’aime beaucoup cette musique et il me faut absolument en partager le plaisir avec le monde entier. 😉
Oui, me direz-vous, mais d’abord c’est quoi, c’est où, c’est de qui ?
– Son titre :« Lugubre soit ton chant et l’issue victorieuse. Ce vers conclut la strophe, l’antistrophe et l’épode du premier chœur de l’Agamemnon d’Eschyle. Ce vers étrange et fascinant est répété trois fois. Que dit-il au musicien ? Deux idées très contrastées : un chant pour pleurer les morts et une victoire militaire. Cette pièce a été écrite en mai 2005, dans le cadre de l’Arraymusic Young Composer’s Workshop et jouée au concert de clôture à  Toronto, le 29 mai 2005″.
– Le Compositeur en est Fabrice Peyrot. Pas vraiment connu encore du grand public, mais je ne suis pas le seul à  lui promettre une grande carrière. Vous saurez tout de lui sur son site, ici : http://www.fabricepeyrot.com https://www.fabricemarcpeyrot.com/F-index.html
Où écouter sa musique ? Facile, sur notre radio (les cinq derniêres minutes de l’œuvre, cliquer en haut à  droite) mais surtout ICI, en qualité presque professionnelle :
– Et puis évidemment sur son site où d’autres compositions vous attendent, tout aussi attachantes.

– Et maintenant, pour ceux qui n’aimeraient pas la musique atonale – je sais qu’il en existe, hélas ! 😉 voici une autre musique contemporaine que j’aime aussi beaucoup, cette fois d’un compositeur que l’on connait bien sur notre Salon de musique puisqu’il s’agit du Compositeur Alex Millet. Il vit au Etats-Unis, d’où il nous envoie de temps en temps une nouvelle composition. Voici son « Allegro » (1er mouvement) dont on peut écouter également un extrait depuis longtemps sur notre Radio (cliquer en haut à  droite). Comme la précédente, cette œuvre utilise la Vienna Symphonic Library (VSL). Encore 8 minutes de très belle musique

Le scherzo selon Jean-François Zygel

C’est en nous amusant, « scherzando » en italien (*) que JFZ nous a parlé vendredi dernier, à la Mairie du XXe de Paris du scherzo, cette forme musicale, pièce d’énergie et de caractère que l’on trouve habituellement en troisième partie de la forme sonate, mais qui peut constituer un morceau à lui tout seul, tel « L’apprenti sorcier » de Dukas.

Le scherzo, c’est comme le sandwich nous dit JFZ : du pain (le scherzo proprement dit), du jambon (le trio, intermède au ton plus doux), et du pain à nouveau.
Ce sandwich là se déguste sur un rythme à trois temps, plutôt vif, comme son ancêtre le menuet de Lully, même si Beethoven, pour se faire remarquer en a composé un à deux temps (op. 131) et Prokofiev un autre à quatre temps et Debussy à …5 temps.
L’histoire du scherzo, véritable tranche d’histoire de la musique s’étend sur deux siècles, en gros de Beethoven à nos jours. Avant, on trouve déjà un scherzo chez Haydn (Op. 33), mais il s’agit là d’une pièce « scherzando » (« pour rigoler ») plutôt que d’un vrai scherzo, comme le serait davantage son « menuet » opus 94 écrit 17 ans plus tard.
Mais la structure en sandwich ne rend pas compte de la véritable complexité de cette forme musicale, telle que l’a développée Beethoven, par exemple, le Roi du scherzo (plus de 100 scherzos à son répertoire).
Chaque tranche de pain se subdivise en effet en plusieurs parties plus ou moins symétriques qui interagissent en variant les thèmes, les nuances, les jeux de cadences, le rythme.
Dans la première période du scherzo, on répétait simplement le premier thème et on enchaînait sur un second thème, dans une forme de type AAB. Plus tard on va compliquer en doublant chaque partie, AABB.
Au XXe siècle, Franck et ses élèves, les Fauré, Debussy, Ravel multiplient les formes nouvelles. Ravel invente une nouvelle symétrie avec la structure A(A+B)A où¹ les thèmes A et B sont imbriqués sur plusieurs voix dans la partie centrale. Johan Alain va jusqu’à inventer la forme B, A, B (…?); Debussy complique les choses en introduisant des thèmes récurrents dans toutes les parties, y compris dans cet intermède qu’est le trio, pièce centrale de la forme scherzo, il invente le « scherzo variation » avec des rythmes à 5 temps joués en pizzicati.

Mais tout cela ne rend pas compte de l’essence même du scherzo, qui est d’exprimer l’humour, l’humeur et plus généralement les sentiments.
– L’humour avec des pièces qui empruntent au style du « landler »(**), cette pièce paysanne au rythme appuyé sur le premier temps. Exemple, Mozart: DO SI DO MI DO SOL MI FA RE LA SOL MI etc. ou Mahler dans sa 9e symphonie.
– L’humeur, parfois sombre, pesante de Beethoven, qui joue sur le matériau et l’opposition énergétique dans sa messe en Ut.
– Les sentiments qui résultent encore du travail sur le matériau de Schubert avec le scherzo de « La jeune fille et la mort » – dans une forme de type AABCAAD , où la partie scherzo est triste et le trio consolateur.
– Sans oublier les scherzos « grotesques » (à la fausse trivialité) de Chostakovitch (plus de 30 scherzos dans son œuvre), vulgaire au second degré, ou les scherzos fiévreux, haletants d’un Schumann dans ses quatuors sonates, ou encore le coté fluide et coloré des scherzos de Debussy ou Ravel, très espagnolisant.
Terminons en musique, comme dirait JFZ, avec cet extrait du scherzo op.61/1 du Songe d’une nuit d’été que Mendelssohn a écrit à 17 ans(***).
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(*), « C’est pour le fun » diraient les québécois, « c’est rock’nroll » disent certains français.
(**) C’est notre « contredanse », en français. JFZ a fait allemand première langue ! 🙂
(***) La 18e leçon de mes 20 Leçons d’harmonie donne plus de détails sur le scherzo et les formes de la musique savante.