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Florentine Mulsant : portrait d’un compositeur

Florentine Mulsant est compositeur(*), membre du jury de notre concours de Composition de MusiCommposer (**).
Elle me reçoit le 14 juin dernier dans sa maison de ville aux murs blancs, une maison qui s’étage joliment sur le coteau du Mont Valérien avec de grandes baies s’ouvrant plein sud sur une vue imprenable de Paris.  La Tour Effel s’invite, au loin.


Je l’écoute. Elle se raconte, calme, sérieuse, précise, très attentive et contrôlée. Puis tout à coup elle éclate de rire. Je la prends en photo.
Une heure  et demie  d’un entretien dense, dont je sortirai pourtant avec l’impression d’être passé à côté de plein de choses. Peur d’être indiscret?

J’ai débuté le piano à l’âge de dix ans, quand un piano est entré dans la maison familiale. Ce fut le déclic. Mes parents habitaient à Melun à l’époque. J’ai pris des cours particuliers et, poussée par mes professeurs, des cours de solfège accélérés. J’allais à Paris une fois par semaine pour préparer le Concours du Conservatoire afin d’y entrer avant l’âge limite de 15 ans.
J’y ai passé ensuite 12 ans dans les années 80s à parcourir successivement les classes de contrepoint, fugue, orchestration, analyse, composition, avec autant de concours en entrée et en sortie, et des Prix, trois Premiers Prix (harmonie, contrepoint, fugue). Mon Professeur était Alain Bancquart, le spécialiste des micro-intervalles, un musicien à l’oreille inouïe !
(Elle s’anime, veut être convaincante)
Ce fut un parcours très dur, nous avions des « mises en loge » de 17 heures pour écrire une fugue à la manière de Bach ou une orchestration à la façon de Debussy.
Le prix de composition, je l’ai eu à la Schola Cantorum où j’ai suivi mon professeur Allain Gaussin pendant deux ans.
Ces années au CNSMP m’avaient formatée, avec un enseignement où les maîtres à penser étaient Boulez, Stockhausen, et bien sûr Bancquart, également spécialiste de l’approche néo-sérielle.
C’est aux Etats-Unis que je me suis libérée des contraintes du Conservatoire, lors d’un séjour de presque un an à Boston avec mon mari en 1989. J’ai rencontré plusieurs compositeurs américains, j’ai beaucoup écouté, beaucoup lu, notamment les mémoires de Berlioz, et je me suis vraiment ouverte à une musique plus tonale, plus expressive.
Mais c’est pourtant à 22 ans que j’ai écris « amers » sur un poème de St John Perse.
(Petit sourire de fierté)
C’est une œuvre qui est pour moi majeure car fondatrice de mon style. Je l’ai écrite dans le dos de mes professeurs du conservatoire, car j’étais sûre qu’elle serait mal jugée !
Oui, j’ai étudié l’électroacoustique … deux ans de classe.
(Petite moue)
Cela ne m’a pas plus du tout! On travaille sur le bruit, pas sur la musique.
L’IRCAM?
(Elle s’anime soudain, réprimant son indignation)
C’est un véritable scandale. Cette institution bénéficie de subventions énormes, et pourquoi faire? Mis à part le « Répons » de Boulez, il n’en est jamais rien sorti qui mérite vraiment de l’intérêt; il y passe d’ailleurs surtout des compositeurs étrangers qui viennent et qui repartent…

Aujourd’hui je me sens des affinités en tant que compositeur avec Jean-Louis Florentz, mort récemment, un très grand compositeur, excellent orchestrateur. L’anneau de Salomon est une musique très inspirée. Avec Eric Tanguy, dont le style a beaucoup évolué depuis sa sortie du Conservatoire, plus mélodique, plus accessible. Avec Olivier Greif aussi, dont Henri Demarquette a créé « La Sonate de Requiem » lors de son récent concert au Théâtre des Champs Elysées.
Et bien sûr avec Dutilleux dont l’œuvre « Ainsi la nuit » m’a inspiré pour mon premier quatuor à cordes (Opus 26) qui est une commande de Radio France.
J’ai eu deux autres commandes de Radio France, ma symphonie pour cordes Opus 32 qui a été créée au festival Présences sous la baguette de Daniel Kawka et ma 2e symphonie Opus 33 « Exil » pour grand orchestre créée à Prague en avril 2008 et dirigée par Charles Olivier-Munroe.

Symphonie pour cordes Op 32 – 1er et 2e mouvements (enregistrement Live, Festival de Montpellier, Orch. de Radio France, Direction Enrique Mazzola)
Sonate_pour_violon_Op_19-I
Sonate_pour_violoncelle_Op_27-II
Trio_pour_piano_violon_et_violoncelle_Op_23-II

J’ai des projets, oui ! J’ai aussi une commande de l’orchestre Philharmonique de Trèves, quatre nocturnes pour orchestre Opus 37, création en juin 2011.
(Mais la vie de Compositeur n’est pas un long fleuve tranquille)
Le compositeur a besoin d’être joué, d’être reconnu pour rester motivé. Il faut trouver des relais pour se faire connaître, on ne peut pas tout faire.
Mon éditeur est quelqu’un qui compte beaucoup pour moi. Je l’ai rencontré en 97. Il s’appelle FURORE. Il est basé à Kassel, en Allemagne. Il a pour caractéristique de n’éditer que des femmes compositeurs dont les musiques sont injustement méconnues, comme Clara Schuman, Eva Schorr, Helene Mariane Stoll, Fanny Hensel (Mendelssohn).
(Elle s’anime)
Attention ! Il n’y a aucune trace  d’un quelconque féminisme dans ce choix. C’est une stratégie artistique de soutien au « répertoire abouti ».
Mon éditeur m’aide beaucoup, me trouve des concerts… J’ai aussi depuis peu un agent, Pascal GRIMOIN qui est aussi Directeur Artistique de l’Orchestre de Genève. Il développe son activité dans une structure baptisée Talents d’artistes (www.talents-dartiste.com).
Auparavant j’avais pris des contacts avec les éditeurs français, bien sûr, mais ils se sont montrès frileux, manquant d’ambition, ils voulaient bien me prendre telle œuvre mais pas telle autre…

Comment je compose?
J’écris à ma table, avec crayon, gomme, aidée de mon piano. Puis je confie mon travail à un copiste qui le saisit avec Finale. Je passe ensuite de longues semaines à corriger, parfois à rectifier les épreuves. Enfin j’envoie le résultat à mon éditeur qui en fait un tirage de 500 exemplaires à ses frais. Il présente notamment son catalogue au Salon de Francfort qui est la manifestation la plus importante en Europe en matière musicale.
Les corrections des partitions demandent beaucoup de travail car il faut réviser et la partition, et le matériel d’orchestre, les points de reprise n’étant pas les mêmes.

J’enseigne, oui.
J’ai commencé à Compiègne, une journée par semaine, puis pendant 10 ans, jusqu’en 2000, j’ai été Professeur d’écriture à la Sorbonne (Paris IV) avec 8 heures de cours par semaine. Je préparais les étudiants au CAPES et à  l’agrégation. J’ai cessé de donner ces cours car ils me prenaient trop de temps.

(Confidence)
C’est vrai que le travail du compositeur est un travail solitaire, et j’en souffre un peu. C’est d’ailleurs pour quoi j’ai repris l’enseignement de la composition au Conservatoire de Suresnes et peut-être irai-je un peu plus loin prochainement avec un nouveau projet, ouvrir une classe d’écriture.

Mes sources d’inspiration?
Oh, elles sont diverses. Ce peut être un poème, une peinture, un tableau de Nicolas de Staël – que j’aime beaucoup -, une commande d’Orchestre, ou d’artistes (celles-là ne sont pas payées), par exemple ma passacaille Opus 29 était une commande de Lise de la Salle; le 2e quatuor Opus 35 une commande du Quatuor Debussy pour les Trans Musicales de Rennes. Parfois  c’est l’écoute d’une musique qui me donne des idées mais ce peut être aussi un événement de ma vie personnelle. En fait il n’y a pas de déclic obligé.

Oui, j’aime beaucoup la musique pour cordes.  Ecrire pour le violon demande de bien connaître les techniques de jeu, mais n’est-ce pas vrai pour tous les instruments?
J’ai beaucoup travaillé avec Lyonel Schmit pour « Corail », (Sonate pour violon Op 19 – 1er mouvement « Corail » , 6’21, extrait du CD « Chamber Music ») , moins pour « Dédale », et j’ai écrit sans problème la Passacaille.
Avec la Sonate pour violoncelle Opus 27 [créé par Henri Demarquette], il n’y a pas eu de problème pour le premier mouvement, mais pour le

2e, Henri m’a fait remarquer que ce n’était pas bien écrit car avec l’ostinato sur le Ré, je le privais d’un doigt ! J’ai repris l’écriture en recherchant les cordes à vide.Sonate pour Violoncelle Op 27 – 2e mouvement (Vif, mordant, 3’25, extrait CD Chamber Music)

En fait il faut trouver l’équilibre entre la difficulté de l’écriture et la réalisation.
Et puis il faut aussi se méfier des traités d’orchestrations qui comportent des erreurs. Par exemple, en composant ma Symphonie « Exil » (Op.33), je me suis aperçue que le basson ne peut pas monter plus loin que le Mi, alors qu’il est donné pour aller jusqu’au Fa dans plusieurs traités.

Est-ce que j’écris vite? Ca dépend… (Les yeux se perdent au loin).

Trio pour piano , violon, violoncelle Op 23, 1er mouvement (13’17, extrait CD Chamber Music)

Symphonie_pour_cordes_Op_32-I.
Après de longs mois de silence, j’écris en ce moment des Préludes pour piano.

Jean-Louis Foucart

(*) Attention, le métier de Compositeur reste masculin, comme celui de Recteur  ou d’Ingénieur; pas de Compositrice ou de Compositeuse ! 🙂
(**) Ce concours a cessé en 2015

Papy Boulez

Je n’ai malheureusement pas pu assister à Pleyel aux deux concerts que donnait récemment Pierre Boulez pour fêter son 85e anniversaire, ni le voir sur Mezzo comme je l’annonçais précédemment. Je pensais donc passer l’évènement par perte et profits, mais Renaud Machart, dans Le Monde en a concocté un article du type « poil à gratter » dans une langue aussi perfide que celle du Maître quand il parle de ses congénères compositeurs.

Je ne résiste pas à l’envie de partager le plaisir de cette lecture avec mes lecteurs, ainsi que la vidéo du 2e concert, celui qui « fit problème » et justifiait le titre de l’article : L’hommage à Pierre Boulez s’est transformé en un concert « cauchemar ».
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Nicolas Demetri, portrait d’un compositeur lauréat du Concours de printemps 2010 de MusiComposer

Le premier de nos deux lauréats, Nicolas DEMETRI

J’ai 42 ans, je suis marié, père d’Elise, 13 ans et de David, 8 ans. Francilien depuis toujours, j’ai fait des études d’ingénieur qui m’ont amené à exercer mon métier dans une société de l’agro-alimentaire et aussi, de façon accessoire, à enseigner à l’université.

Jai eu mon premier contact avec la musique grâce à mon père, bon guitariste – il fut un moment musicien de Charles Trenet et Michel Polnareff. Pourtant, je n’ai jamais apprécié ni la guitare, ni le style rock qu’il affectionnait alors. En fait, j’ai découvert la musique classique seul, sur le tard, vers vingt ans. J’ai  eu d’abord ma « période russe », assez longue, avec notamment Borodine et Prokofiev puis mon intérêt s’est déplacé vers la musique française de la fin du XIXème au début du XXème siècle (Fauré, Ravel, Debussy, Satie). Plus tard encore, j’ai découvert Chopin, ses préludes, et… sa magnifique marche funèbre. J’avoue d’ailleurs mon goût pour les morceaux lents, mélodiques, lyriques, plaintifs ou nostalgiques et…  d’écriture simple!

Il y a douze ans j’ai voulu apprendre à jouer d’un instrument. J’ai acheté un piano numérique, et j’ai commencé mon apprentissage, seul. J’ai rapidement piétiné et l’idée de départ s’est transformée en volonté d’apprendre à composer. J’ai mûri durant un an une stratégie en découvrant les possibilités que permettaient déjà à l’époque l’informatique pour l’auto-apprentissage de la musique, et les nombreux ouvrages théoriques de solfège, d’harmonie, d’analyse, et de composition modernes qui sortaient. Mes années passées dans les classes préparatoires aux  grandes écoles d’ingénieur, si difficiles et éprouvantes par ailleurs, m’avaient  apporté méthode et persévérance et m’avaient bien préparé pour ce projet. Je me suis défini un cursus d’étude. Et patiemment, depuis dix ans, je lis, j’écoute des exemples, je les étudie, je fais des exercices. Je compose, mais peu. Je me suis constitué une véritable bibliothèque (http://pagesperso-orange.fr/Nicolas.DEMETRI/liens/index.html). Ce n’est que depuis deux ans que j’ose mettre en écoute libre mes compositions sur internet. J’ai participé « pour voir » au 20ème Concours de Composition amical de Myriad, et j’ai eu la surprise d’obtenir un deuxième prix. Encouragé, j’ai mis les bouchées double pour le 21ème concours, que j’ai remporté en septembre 2009 (http://www.myriad-online.com/fr/community/contestwinners.htm). C’est par ce biais que je suis entré en relation avec MusiComposer.

Me faut-il revendiquer le statut de véritable autodidacte? Oui, dans la mesure où, il y a dix ans je ne connaissais que la clé de sol grâce aux cours de flûte à bec de la 6ème à la 3ème. Depuis, je n’ai jamais pris un cours avec un professeur de musique. Mais je sais qu’il me reste beaucoup à apprendre, notamment les techniques du langage musical contemporain; j’ai découvert la musique contemporaine grâce à MusiComposer et je commence à y prendre goût.

Continuerai-je de me perfectionner ainsi en autodidacte? Mes vies professionnelle et familiale ne me laissent guère d’autre choix, faute de temps; c’est d’ailleurs pourquoi je compose peu, un morceau de quelques minutes tous les trois mois. Concilier ma passion de la musique avec un minimum de contraintes, tel est donc mon choix. Si je pense avoir une vison claire de ce qu’il me reste à apprendre, je n’en garde pas moins une grande ouverture à l’imprévu. MusiComposer fait d’ailleurs partie de cet imprévu ! J’espère que notre petite communauté va continuer de prospérer dans la joie d’une passion partagée.

jlf> Rappelons que la pièce lauréate, Lead Kindly-light  pour soprano et piano, Paroles de John Henry Newman, est en forme de  lied ABA  en do mineur, B modulant par marches harmoniques, Instrumentation : soliste soprano virtuelle Prima, QL pianos, Symphonic choirs Dans un autre genre, de ce même compositeur, voici une pièce de jazz intitulée Sweet night in St-Maur  interprétée au saxo par Leonard Anderson.

Le choix de Chopin

Aujourd’hui, lundi 1er mars est le 200e anniversaire de la naissance de Chopin.
Vous connaissez tout, tout de Chopin, n’est-ce pas, mais peut-être voudriez vous le vérifier? 😉
Alors, écouter cette excellente émission radio (*) d’une demi-heure sur le site de France-Inter que Patrice Gélinet lui a consacré aujourd’hui.
Vous y apprendrez notamment combien Chopin était un homme sensible, qualité qui transparait dans son œuvre pour piano quand le touché de l’interprête a cette délicatesse qui fait le beau son de l’instrument.
Ceci me fait penser à  une remarque que me faisait naguêre une violoniste fiêre de son instrument.
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