Archives de catégorie : Ecrits et littérature

La nature des choses, les choses de la nature

Anagrammes à quatre mains – Karol Beffa

J’étais hier soir au théâtre du Rond Point, à Paris, pour voir le spectacle de François Morel, composé sur des textes et sketchs de Raymond Devos. Un spectacle gentillet, loin de la prestation étourdissante de cet artiste complet qu’était Devos, tel que je l’ai vu il y a… longtemps.

A la sortie, la librairie du théâtre m’a donné à voir le dernier livre  Anagramme à quatre mains que publie Karol Beffa et Jacques Perry-Salkow. Quel bonheur que ce petit livre éblouissant d’une intelligence espiègle, mêlant le génie de l’auteur d’anagrammes à l’humour du musicologue ! 

Le jeune Lully engagé comme garçon de cuisine à la cour de France, son premier emploi

Je ne résiste pas à en publier un extrait ( exemple en gras) concernant Lully, le surintendant de la musique royale remarqué dans sa prime jeunesse par le Duc de Guise qui, de passage à Florence cherchait « un joli petit italien » pour sa nièce (voir ci-conte la statue d’Adrien Gaudez du jeune Lully exposée au Petit Palais ).

Arrivé en France en 1646, mort à Paris en 1687, le musicien servit le roi pendant près de quarante décennies. Ses succès lui valent de fortes inimitiés. Toujours en butte aux jalousies et aux intrigues courtisanes, ainsi passa la quarantaine d’étés de Monsieur Lully.

20 leçons d’harmonie musicale de Jean-Louis Foucart

« J’aime beaucoup le coté historique du traité: 20 leçons d’harmonie. J’aime aussi beaucoup la recherche de clarté dans les explications des différents sujets… BRAVO!!!!! C’est l’ouvrage le plus intéressant que j’ai lu jusqu’ici avec « Harmony and Voice Leading » d’Edward Aldwell et Carl Schachter et le Traité d’Harmonie de Vincent d’Indy (publié dans les années 1970) ». (Majoric, organist, Quebec  Saturday 13 October 2007 @ 22:25:10)

Voilà, c’est fait , enfin ! J’ai fini de remanier mes 20 leçons d’harmonie pour en faire un livre multimédia (son et vidéo) pour toutes les plateformes, y compris Apple, pour que tous mes lecteurs puissent entendre les très nombreuses illustrations sonores,  qu’ils soient sur Mac, PC ou tablettes.
Et j’en ai profité pour revoir et largement compléter les chapitres 17 et 19 consacrés respectivement aux musiques modales et aux harmonies modernes.

A titre d’exemples, voici :

    • du raga Rageshri, en SOL majeur  (Traditionel de l’Inde du sud) analysé dans le chapitre 17 –
    • de Erkki-Sven Tüür, compositeur estonien le Salve Regina pour choeur d’homme et ensemble 

Bonnes écoutes, bonnes lectures !

JLF

L’anniversaire musical de Fabrice Luchini


«La puissance des textes de Frédéric Nietzsche sur la musique, des poèmes d’Arthur Rimbaud, de Victor Hugo…, et des œuvres de Jean-Sébastien Bach, Frédéric Chopin, Claude Debussy, que nous avons interprétés avec la pianiste Vanessa BENELLI MOSELL et le violoncelliste Henri DEMARQUETTE lors d’une soirée au Festival de Nohant cet été*, nous ont donné envie de recommencer le jour de mon anniversaire. »
* Un grand merci à Jean-Yves Clément d’avoir été l’instigateur conscient et inconscient de cette rencontre.
Fabrice LUCHINI

 

Jeudi 1er novembre, jour de Toussaint, il y a un monde fou devant le petit théâtre rue Monsigny. Une grande enseigne lumineuse visible depuis la rue du 4 septembre : Luchini.

Il arrive sur la scène d’un pas assuré, tel le gladiateur dans l’arène, sourire éblouissant, chemise et dents blanches, blue-jean très seyant, petite veste de cuir qu’il ôtera rapidement, car il fait très chaud, la salle est pleine à craquer.
Merci d’être venu pour mon anniversaire. La salle éclate immédiatement d’un chant « Bon anniversaire Fabrice« , réaction qui le surprend et le ravit : je n’en demandais pas tant !
Et voici les musiciens qui m’accompagnent, et d’abord la pianiste Vanessa BENELLI-MOSELL. Entre alors  un « top model », une blonde jeune femme d’un mètre quatre vingt, longue robe blanche fendue jusqu’à la cuisse, hauts escarpins dorés, sourire étincelant. Elle salue le public. La salle s’agite, pleine d’admiration. Luchini est aux anges, ravi de l’apparition.
Et maintenant notre violoncelliste, Henri Demarquette, dans une tenue disons… plus sobre.

Le spectacle commence avec une citation du Syllogisme de l’amertume de Cioran sur J.S. Bach : »S’il y a quelqu’un qui doit tout à Bach, c’est bien Dieu », suivi d’un aphorisme de Friedrich Nietzsche sur le même Jean-Sébastien Bach, et notre ami Demarquette d’enchainer avec une suite pour violoncelle seul de Bach. Son instrument gratte un peu trop à mon gout,  heureusement toutes les pièces jouées ensuite le seront avec sa maitrise et son talent habituels.

Suivront successivement des pièces jouées par l’un et/ou l’autre de nos deux musiciens, pièces issues de leur répertoire (ils se connaissent bien, ils ont fait récemment un disque ensemble). On passe de Chopin qui admirait Bach (belle transition de Luchini), à Liszt, de Liszt à Bizet  avec une  superbe transcription de Carmen par Horowitz dont j’ignorais qu’il fut compositeur, puis Wagner,  transition facilitée par la lecture du Cas Wagner, le texte où Frédéric Nietzsche dit son amour (soudain) pour la musique de Bizet et sa (soudaine!) haine de Wagner qu’il admirait. L’interprétation du Carmen d’Horowitz par  Vanessa BENELLI-MOSELL est tout simplement éblouissante, beaucoup mieux articulée et nuancée que celle d’Horowitz.

Les transitions déclamées avec la truculence  habituelle par un Luchini en pleine forme (mais qui parfois perd un peu sa voix) se poursuivent avec notamment Rimbaud et sa diatribe contre les Assis, un poème d’actualité Le dormeur du Val , un autre composé à 15 ans A la musique dont il nous dit que le dernier vers, « Et mes désirs brutaux s’accrochent à leurs lèvres… » fut remplacé par « – Et je sens les baisers qui me viennent aux lèvres… » à la demande de son professeur.
Puis vient Baudelaire, critique musical; Hugo et le poème Booz endormi; il s’extasie devant ces deux vers « Un frais parfum sortait des touffes d’asphodèle ; Les souffles de la nuit flottaient sur Galgala« ). Prétextes à écouter  Debussy, Schubert… J’en oublie certainement.

La séance se termine dans la joie avec les adieux du trio et de nouveau le chant du public,  joie qu’exprime la très courte vidéo ci-après, dans le champ des étoiles (comme dirait Hugo).

L’amant de Lady Chatterley, roman de gare ou chef d’œuvre littéraire ?

« La description du plaisir féminin par Lawrence est incroyablement vraie ! Venant d’un homme, c’est surprenant ». Ce témoignage de Catherine Millet avait piqué ma curiosité (voir son interview ici 🙂

Pour moi qui aie beaucoup lu les écrivains de l’entre-deux-guerres, ce livre ne m’avait étonnamment jamais attiré.
Je l’ai donc acheté, l’ai lu… Et j’avoue qu’il a failli plusieurs fois me tomber des mains au début : une intrigue un peu maigre avec beaucoup de digressions, un style très familier, voire cru, souvent boursouflé, un peu daté.
Alors, finalement, livre porno ou simple roman de gare à l’érotisme à l’eau de rose ? Ou bien chef d’œuvre de la littérature anglaise, comme le Ulysse de James Joyce, de la même époque ? Continuer la lecture de L’amant de Lady Chatterley, roman de gare ou chef d’œuvre littéraire ?

Villa Amalia de Pascal Quignard

Entre deux attentas, entre deux manifestations avec casseurs à la clé, ente deux averses, j’ai lu ce livre de Pascal Quignard, auteur que je connaissais de réputation mais dont  je n’avais encore rien lu. Manifestement ce n’est pas le bouquin  qu’il faut lire pour vous remonter le moral.

Une histoire un peu glauque, dépressive, où les femmes sont belles, sensibles, déterminées, pleines d’énergie pour survivre contre vents, marées bretonnes et tous les malheurs du monde provoqués par les hommes, des hommes fourbes, pleutres, cyniques, des êtres faibles qui sont à plaindre ou bêtes à  pleurer, toutes choses qui font un univers romanesque singulier mais guère enchanteur, on en conviendra.

Et pourtant, Continuer la lecture de Villa Amalia de Pascal Quignard

Cosma, Echenoz

W. Cosma
J’ai entendu ce matin une interview de Wladimir Cosma, le célèbre compositeur de films. Quelques réflexions du bonhomme m’ont laissé assez perplexe :

  • Pour accompagner musicalement une commémoration comme celle de la bataille de Verdun hier, Le rappeur Black M n’était pas l’homme idoine, (sous entendu: ce n’est pas un musicien), il  fallait programmer une musique à thème, de circonstance par exemple  le requiem de Fauré.
  • Un vrai musicien, c’est quelqu’un qui vit de sa musique. Je n’ai jamais entendu de bonne musique venant d’un  musicien amateur. (!)
  • Il est complètement faux de dire que Chostakovitch était anticommuniste. Il était dans le système, fêté comme un grand compositeur par le régime. Moi aussi en Roumanie, j’étais dans le système, je n’ai jamais fait de politique, ni là-bas, ni ici en France. Je ne suis pas un militant, je suis un musicien.
  • La musique est un langage universel, donc je suis européen.

Jean Echenoz
J’avais bien aimé le RAVEL d’ Echenoz. Aussi, ayant son dernier bouquin, Envoyée spéciale  entre les mains ai-je saisis l’occasion de me « faire cette envoyée spéciale » ! A noter que cette expréssion volontairement équivoque pourrait très bien figurer dans ce  bouquin dont  le vocabulaire, la phraséologie, le « parler » populaire des personnages, et surtout la façon  ironique dont l’auteur s’implique dans son récit, tout ceci participe au style inimitable  de l’auteur, c’est sa marque de fabrique de grand écrivain. C’est aussi ce qui rend sa lecture aussi plaisante.

Sur le fond, si je dis qu’il s’agit d’un petit polar burlesque dont l’histoire complètement déjantée se termine comme elle a commencé –  dernier clin d’œil de l’auteur – j’aurai tout dit.

Lectures : de Vigan, Enard, Goncourts 2015

Je suis très (trop ?) sensible à l’événementiel littéraire. C’est ainsi que je me suis fait offrir les deux romans qui concouraient en 2015 au prix Goncourt, D’après une histoire vraie de Delphine de Vigan  et Boussole de Mathias Enard. Ce dernier a remporté finalement la mise quand le roman de Delphine de Vigan recueillait le Goncourt des lycéens – un prix qui se mérite aussi; Mathias Enard l’avait d’ailleurs remporté en 2010.

Après lecture, qu’en dire ? Le premier, Histoire vraie se lit en une soirée. Nombreux passages un peu soûlants de psychologisme  féminin, mais finalement ça se lit bien, même si l’intrigue – une amitié féminine  qui devient encombrante et se termine en cauchemar – se révèle un peu ténue, ce qui peut expliquer les longueurs. Il en reste la marque d’une belle écriture.

Sur l’échelle de la facilité, le bouquin d’Enard se situe à l’opposé. C’est le genre de roman épais pour ne pas dire touffu, qui résulte d’une intense et passionnée recherche historique par l’auteur, travail énorme, un peu comme l’était cet autre fameux Goncourt,   Les Bienveillantes (2006) de John Littel. En l’occurrence il s’agit non pas de la deuxième guerre mondiale mais  de ce mouvement littéraire et sociologique que l’on dénomme Orientalisme, très à la mode au XIXe siècle et au début du XXe. Il est vu ici à travers le prisme d’une douce mais douloureuse nostalgie Continuer la lecture de Lectures : de Vigan, Enard, Goncourts 2015

Hemingway, Joyce, à lire

Paris est une fête, de Ernest Hemingway, Ulysse, de James Joyce, deux bouquins célèbres que j’ai lu dans ma montagne entre deux tempêtes de neige ; deux chefs d’œuvre d’écrivains de langue anglaise ayant vécu à Paris au même moment, dans les années 1920s. L’un raconte en la romançant sa vie de jeune journaliste et écrivain à Paris. L’autre y termine un roman qui fera date dans la littérature mondiale, époustouflant dans la forme comme dans le fond; une machinerie expérimentale de 1200 pages dont l’écriture part dans tous les sens, qui brode sur la vie à Dublin de petits bourgeois de la fin du 19e siècle. Ils ont peu de choses en commun, finalement, ces deux livres, sauf qu’ils témoignent de deux périodes littéraires, chacun à leur manière. Continuer la lecture de Hemingway, Joyce, à lire