Archives pour la catégorie Ecrits et littérature

La nature des choses, les choses de la nature

Villa Amalia de Pascal Quignard

Entre deux attentas, entre deux manifestations avec casseurs à la clé, ente deux averses, j’ai lu ce livre de Pascal Quignard, auteur que je connaissais de réputation mais dont  je n’avais encore rien lu. Manifestement ce n’est pas le bouquin  qu’il faut lire pour vous remonter le moral.

Une histoire un peu glauque, dépressive, où les femmes sont belles, sensibles, déterminées, pleines d’énergie pour survivre contre vents, marées bretonnes et tous les malheurs du monde provoqués par les hommes, des hommes fourbes, pleutres, cyniques, des êtres faibles qui sont à plaindre ou bêtes à  pleurer, toutes choses qui font un univers romanesque singulier mais guère enchanteur, on en conviendra.

Et pourtant, Continuer la lecture de Villa Amalia de Pascal Quignard 

Cosma, Echenoz

W. Cosma
J’ai entendu ce matin une interview de Wladimir Cosma, le célèbre compositeur de films. Quelques réflexions du bonhomme m’ont laissé assez perplexe :

  • Pour accompagner musicalement une commémoration comme celle de la bataille de Verdun hier, Le rappeur Black M n’était pas l’homme idoine, (sous entendu: ce n’est pas un musicien), il  fallait programmer une musique à thème, de circonstance par exemple  le requiem de Fauré.
  • Un vrai musicien, c’est quelqu’un qui vit de sa musique. Je n’ai jamais entendu de bonne musique venant d’un  musicien amateur. (!)
  • Il est complètement faux de dire que Chostakovitch était anticommuniste. Il était dans le système, fêté comme un grand compositeur par le régime. Moi aussi en Roumanie, j’étais dans le système, je n’ai jamais fait de politique, ni là-bas, ni ici en France. Je ne suis pas un militant, je suis un musicien.
  • La musique est un langage universel, donc je suis européen.

Jean Echenoz
J’avais bien aimé le RAVEL d’ Echenoz. Aussi, ayant son dernier bouquin, Envoyée spéciale  entre les mains ai-je saisis l’occasion de me « faire cette envoyée spéciale » ! A noter que cette expréssion volontairement équivoque pourrait très bien figurer dans ce  bouquin dont  le vocabulaire, la phraséologie, le « parler » populaire des personnages, et surtout la façon  ironique dont l’auteur s’implique dans son récit, tout ceci participe au style inimitable  de l’auteur, c’est sa marque de fabrique de grand écrivain. C’est aussi ce qui rend sa lecture aussi plaisante.

Sur le fond, si je dis qu’il s’agit d’un petit polar burlesque dont l’histoire complètement déjantée se termine comme elle a commencé –  dernier clin d’œil de l’auteur – j’aurai tout dit.

Lectures : de Vigan, Enard, Goncourts 2015

Je suis très (trop ?) sensible à l’événementiel littéraire. C’est ainsi que je me suis fait offrir les deux romans qui concouraient en 2015 au prix Goncourt, D’après une histoire vraie de Delphine de Vigan  et Boussole de Mathias Enard. Ce dernier a remporté finalement la mise quand le roman de Delphine de Vigan recueillait le Goncourt des lycéens – un prix qui se mérite aussi; Mathias Enard l’avait d’ailleurs remporté en 2010.

Après lecture, qu’en dire ? Le premier, Histoire vraie se lit en une soirée. Nombreux passages un peu soûlants de psychologisme  féminin, mais finalement ça se lit bien, même si l’intrigue – une amitié féminine  qui devient encombrante et se termine en cauchemar – se révèle un peu ténue, ce qui peut expliquer les longueurs. Il en reste la marque d’une belle écriture.

Sur l’échelle de la facilité, le bouquin d’Enard se situe à l’opposé. C’est le genre de roman épais pour ne pas dire touffu, qui résulte d’une intense et passionnée recherche historique par l’auteur, travail énorme, un peu comme l’était cet autre fameux Goncourt,   Les Bienveillantes (2006) de John Littel. En l’occurrence il s’agit non pas de la deuxième guerre mondiale mais  de ce mouvement littéraire et sociologique que l’on dénomme Orientalisme, très à la mode au XIXe siècle et au début du XXe. Il est vu ici à travers le prisme d’une douce mais douloureuse nostalgie Continuer la lecture de Lectures : de Vigan, Enard, Goncourts 2015 

Hemingway, Joyce, à lire

Paris est une fête, de Ernest Hemingway, Ulysse, de James Joyce, deux bouquins célèbres que j’ai lu dans ma montagne entre deux tempêtes de neige ; deux chefs d’œuvre d’écrivains de langue anglaise ayant vécu à Paris au même moment, dans les années 1920s. L’un raconte en la romançant sa vie de jeune journaliste et écrivain à Paris. L’autre y termine un roman qui fera date dans la littérature mondiale, époustouflant dans la forme comme dans le fond; une machinerie expérimentale de 1200 pages dont l’écriture part dans tous les sens, qui brode sur la vie à Dublin de petits bourgeois de la fin du 19e siècle. Ils ont peu de choses en commun, finalement, ces deux livres, sauf qu’ils témoignent de deux périodes littéraires, chacun à leur manière. Continuer la lecture de Hemingway, Joyce, à lire 

Einstein, génial et modeste, par Étienne Klein

Etienne KleinPassionnant article de vulgarisation d’Etienne Klein, brillant scientifique,  paru dans le journal Le  Monde sur un sujet  qui vient de faire l’actualité, les ondes gravitationnelles.
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Paul Valéry et Albert Einstein, qui s’admiraient mutuellement, se rencontrèrent à plusieurs reprises au cours des années 1920. Un jour, le penseur-poète, persuadé que le père de la théorie de la relativité produisait des idées à une cadence d’essuie-glaces, osa lui poser la question qui lui brûlait les lèvres depuis longtemps :  » Lorsqu’une idée vous vient, comment faites-vous pour la recueillir ? Un carnet de notes, un bout de papier… ? «  La réponse le déçut sans doute, le physicien se contentant de lancer :  » Oh ! Une idée, vous savez, c’est si rare ! « 
Ne plus sentir son poids
Cette réponse témoigne de l’extrême modestie d’Einstein. Car en réalité, des idées, il en a bel et bien eu, et bien plus qu’une, et pas n’importe lesquelles ! C’est un beau jour de 1907, alors qu’il était encore à Berne, qu’il eut  » la plus heureuse de sa vie « , l’idée qui sera la pierre angulaire de sa théorie de la relativité générale :  » J’étais assis sur ma chaise au Bureau fédéral de Berne, racontera-t-il. Je compris soudain que si une personne est en chute libre, elle ne sentira pas son propre poids. J’en ai été saisi. Cette pensée me fit une grande impression. Elle me poussa vers une nouvelle théorie de la gravitation. « 

Ce qu’Einstein venait là de comprendre, c’est que lorsque nous tombons en chute libre, tout ce qui est proche de nous (parapluie, chapeau) tombe comme nous puisque la vitesse de chute des objets est la même pour tous les objets. Nous avons donc l’impression que la pesanteur a disparu dans notre voisinage alors même que nous sommes en train de subir sa loi. N’est-ce pas bizarre ? Tout se passe comme si l’accélération produite par la chute effaçait le champ de gravitation local… Continuer la lecture de Einstein, génial et modeste, par Étienne Klein 

Modiano, petit papier pour un grand discours

Marie Shéridan nous envoie un « petit papier sur un grand discours », le discours que Patrick Modiano à prononcé lors de la remise de son prix Nobel.

Et moi je ne résiste pas à publier (après ce papier) cette longue interview qui date de 1970 où l’on voit un beau jeune homme nous parler de sa carrière d’écrivain. Quarante ans après, le Nobel en exhausse le relief… Continuer la lecture de Modiano, petit papier pour un grand discours 

Nadia Boulanger par Marie-Aude Roux

La lecture des grands journaux, l’été a du bon. On peut y lire des articles de fond, ce genre d’articles préparés longtemps à l’avance pour la période des vacances, ce qui laisse à leur auteurs le temps de se documenter abondamment.

C’était le cas récemment de l’article sur la vie de Bethoven, c’est aujourd’hui le cas pour la « grande Boulanger », un article excellent signé Marie-Aude Roux dans Le Monde du 15 aout. C’eut été dommage – pour moi au moins, petit compositeur qui ait médité longuement sur la citation finale – que cet excellent article s’oublie  au fin fond des archives du grand quotidien. 😉

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Penser avec les oreilles

[Ce billet – et son titre – est extrait d’un excellent article sur l’écoute de la musique que publie le philosophe François Noudelmann  dans Le Monde des livres du 2 mai 2013, réflexions autour de trois livres : L’Instrument de musique de Bernard Sève, L’Inexpressif musical de Santiago Espinosa et Clément Rosset et  Du beau musical d’Eduard Hanslick]

Le violon est séducteur et séditieux, mais le violoncelle reste digne et fidèle. Le trombone, lui, a un penchant pour la solitude, grave ou drôle… Quels prétentieux !, répondent les percussions, qui ne se prennent pas pour des aristos et guérissent l’égocentrisme. […]

La musique parlerait-elle de son temps à travers ses instruments ? La musique n’exprime rien du tout, affirment avec une jubilation provocatrice quelques musicologues et philosophes. Elle ne parle pas de son époque, elle ne contient aucun sentiment, elle ne délivre aucun message. Continuer la lecture de Penser avec les oreilles