Un grand piano dans sa valise : 65cm (longueur) x 22cm (hauteur) x 38cm (profondeur)

Un piano numérique révolutionnaire nous dit Chakib Haboubi, son concepteur… Il sonne bien, en effet, qu’on en juge d’abord avec cette video:

Et en voici une présentation dans une autre vidéo (un peu longuette !) de son concepteur, ainsi qu’une  interview (également loooongue !) , dont j’ai extraits quelques-uns des passages significatifs : 

A.I : D’où vient le son exceptionnel de votre piano. En quoi consiste cette rupture avec ce qu’on connaît?

C.H : (…) Nous avons posé la question suivante à une centaine de concertistes : «Un piano, pour vous, c’est quoi ? Qu’est-ce qui fait que vous n’achèterez jamais un piano numérique même à 15 000 € ? »

http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2017/185/chakib_haboubi.jpg

Chakib Haboubi et son piano pliable

Leurs réponses étaient très intéressantes, d’une richesse inouie. 
Certains parlaient de ce besoin de pouvoir faire corps avec l’instrument, sentir la vibration. Les réponses menaient à des éléments extrêmement larges, très diversifiés, qui nous ont donnés les pistes pour traduire numériquement toutes ces impressions physiques, les sensations désirées. 
Et c’est à ce moment-là que les ingénieurs ont vraiment commencé à travailler en termes de potentialités scrutatives. Un piano a combien de toucher ? Une infinité…d’accord, mais qu’est ce que cela veut vraiment dire ? Nous avons fait parler énormément de musiciens pianistes, de concertistes sur ce sujet. Bien sûr, c’est immense le toucher mais qu’est ce que cela voulait dire en valeurs scrutatives ? 500, 1000, 10000 ? 
Par nos études, nous nous sommes rendus compte que cette valeur tournait autour de 1300. (…) L
e problème pour nous était alors de savoir comment un clavier pourrait transmettre autant d’informations. Parce que 128 niveaux x 88 touches, cela va, cela passe avec une carte, c’est ce qui se fait actuellement avec la norme MIDI dans les pianos numériques… Mais 1300 x 88, comment fait-on ? CARI Electronic a dû alors développer les cartes scrutatives adaptées, des circuits qui nous sont propres placés sous le clavier et qui permettent d’avoir une transmission assez importante d’informations. Elles représentent une véritable innovation technologique.

Schéma de carte électronique - Piano Phoenix


Un problème de taille résidait aussi dans la latence : il faut savoir qu’un certain temps est nécessaire pour envoyer une information et il faut aussi un certain temps pour que cette information soit traduite en son. Ce son doit être à la hauteur de l’échantillonnage (de notre côté, ce n’est pas un échantillonnage mais une modélisation) qui a été capté. Et le problème est que si on réduisait la latence, on avait aussi un problème en termes de projection sonore. Le son était comme «étranglé», il n’était pas assez riche et il nous fallait trouver un équilibre. Notre chance, justement, a été que les concertistes nous disent qu’il fallait légèrement de latence pour retrouver le caractère propre du piano acoustique, sentir quelque chose d’un peu lâche au tout début du son. (…)
 Et lorsqu’ils ont joué sur notre ultime prototype, les concertistes n’en croyait pas leurs oreilles : «ce piano, c’est de la folie. Je n’avais encore jamais vécu cela sur un piano numérique». Rappelons aussi que le châssis en aluminium et les peaux en bois ont leur importance. L’ensemble fait que lorsqu’on joue, on ressent une vibration au bout des doigts. On sent comme une corde qui vibre pendant que l’on joue… D’ailleurs tous les gens qui l’ont essayé m’ont dit «mais il y a des cordes ou quoi dans ce piano?)».

A.I : Pourquoi avoir choisi le son d’un Steinway D pour votre piano Phoenix ?

C.H : La grande majorité des concertistes a privilégié le Steinway. Certains ont pu nous parler d’autres pianos, du Bösendorfer, tout en nous disant que finalement «il vaut mieux prendre le Steinway car c’est un piano qui est aussi plus ouvert au répertoire jazz». Et donc avec le son du Steinway, on reste dans un instrument qui est plébiscité par le plus grand nombre. Même si j’adore personnellement d’autres marques comme Steingraeber, Grotrian, Bechstein, Bosen, Ibach…

Cela dit, ce sont les débuts. Je réfléchis pour plus tard à une idée de modules qui permettraient de disposer de sons de pianos différents. Le problème actuel, c’est que même si l’électronique présente ici est du très très haut de gamme, elle est investie dans un seul son. Mais je réfléchis aussi à cette option future à travers par exemple des sons de piano, pourquoi pas aussi des clavicordes ou des clavecins.

A.I : Comment fonctionne le système ? Comment avez-vous fait pour obtenir cette richesse et qualité de son ?

CH : Pour des raisons de secrets professionnels nous ne pouvons tout dévoiler au risque d’en frustrer quelques uns. Ce que je peux vous dire c’est que nous partons d’une banque de données non compressée (comme les fichiers RAW pour la photo), qui comprend tous les sons en très haute définition, segmentés les uns par rapport aux autres. L’idée est alors de pouvoir tout intégrer sur la carte, qui restitue le son via un calcul algorithmique. Tout est possible et maîtrisable par le logiciel, et en temps réel.

A.I : Donc vous enregistrez les notes. Y a –t’il des composantes de liaisons entre les notes ?

C.H : On entre ici dans un domaine complexe que je ne peux guère développer dans cet interview à cause du secret industriel. Tout ce que je peux vous dire, c’est que tout est intégré informatiquement, mais à partir d’éléments segmentés. 
Vous avez toute la notion de résonance par sympathie, toute la notion de la frappe du marteau, le relevé des étouffoirs, mais aussi la mécanique, frottement des touches. Vous savez, quand vous enfoncez les touches, vous levez les doigts et vous avez tout de suite le marteau qui se relève, tous les « bruits » qui sont rattachés au son qui font la véracité du son du piano. Tous ces éléments sont intégrés informatiquement et la vraie contrainte est de réussir à faire en sorte que la transmission de toutes ces informations par rapport à l’interface homme-machine soit en parfaite synergie. Et ceci sans saturation, sans problème de polyphonie… comparativement aux logiciels de type «VST» qui présentent une vision «éclatée» d’un piano maître, associé à un PC relativement puissant puis raccordé à des enceintes monitoring… Dans ce cas, au-delà d’une praticité relative, l’instrument ne fait pas «corps» et les éléments périphériques ne sont pas optimisés entre eux pour générer de véritables sensations de jeu.

AI : Qu’entendez-vous par saturation ?

C.H : Vous savez, dans les pianos numériques lambda, si vous avez 256 notes en polyphonie (voire 512), l’échantillonnage, et la nature du processeur fait que vous ne pourrez pas prendre en considération trop de notes. 
De notre côté, la vraie question était de se dire «puisque nous sommes ici en modélisation, nous avons les moyens d’arriver à une infinité de sonorités, de richesse harmonique, mais il faut que le processeur derrière puisse tenir par rapport au calcul.». CARI Electronic a dû alors développer entièrement la partie processeur, ce qui nous a mené à un brevet Adèle H Music/Cari Electronic. Véritable rupture technologique, les cartes développées vont pouvoir servir efficacement dans différents secteurs industriels… Mais je n’en dirai pas plus.

A.I : Si j’ai tout compris, on enregistre des notes, on enregistre des bruits de marteaux, des harmoniques, etc., et l’algorithme sait associer tous ces éléments, les mélanger en temps réel en fonction de ce qui a été scruté, et le rendre d’une manière optimale…

C.H : Oui, par exemple pour l’enfoncement de la touche dont j’ai déjà parlé plus haut, le système va traduire exactement ce que le pianiste a voulu générer. En fait, le vrai challenge, une fois qu’on a une masse aussi considérable d’informations, c’est de travailler sur ce fameux rapport psycho acoustique, donc cette idée de canaliser le toucher. Les fabricants actuels de claviers numériques, qui utilisent le canal MIDI et ses 128 niveaux de vélocité par note, sont bien limités pour rendre cette dimension. Avec notre système, nous sommes en présence de dix fois plus, au niveau des informations transmises. Dès lors, nous avons vraiment réussi à intégrer toute la composante “physique” liée au son via le calcul algorithmique en temps réel, grâce aux cartes de scrutation d’une puissance sans égal. Il nous a fallu également réaliser une carte amplification et une carte mère spécifiques.

C’est aussi la qualité très haut de gamme de l’amplificateur et des enceintes qui fait ici la différence.. Les enceintes, par exemple, sont logées dans des espaces dédiés avec litrage hermétique (collaboration avec l’entreprise FOCAL) pour profiter pleinement de leur richesse dans la «neutralité». Il ne s’agit pas ici de faire un son «flatteur», mais un son vrai. Et le Subwoofer Focal, installé dans notre console H Premium apporte une profondeur d’une richesse extrême dans les basses. En subdivisant ce Subfoofer des autres enceintes, nous avons réussi à optimiser le degré de répartition sonore entre les trois sources de projection du son (subwoofer/enceintes/tweeters) pour donner le sentiment au pianiste que le marteau «s’ouvrait» à mesure de l’attaque.

AI : Oui, parlons aussi de la mécanique de ce piano…

C.H : C’était aussi un des paramètres complexes à appréhender. 
A ce stade, j’ai opté pour une des « meilleures » mécanique existante du marché (qui pèse 14 kg) que l’on pouvait penser de prime abord « trop régulière » comparativement à une mécanique d’acoustique de piano de concert dont le rapport poids/cordes apporte ces fameux 52 g à l’enfoncement dégressif des basses aux médiums à 50 g et vers les aigus à 48g environ… Sans compter le poids au retour de la touche qui oscille entre 25 et 27 g en moyenne. 
Chose très intéressante, les techniciens concert ont permis en « préparant » le piano comme s’ils prépareraient un grand queue, de travestir le rapport scrutatif du clavier afin de se rapprocher de manière significative du contact qu’aurait un pianiste avec son piano acoustique. Le champ des possibles au niveau électronique étant extrêmement important, ce « rapport poids/cordes » travesti électriquement donne des résultats stupéfiants ! (…)

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