The Tree of Life de Terence Malick

En ce triste  temps de dimanche de la Pentecôte, un temps  brumaire – comme on parle d’une ère primaire-, on décide d’aller au cinéma. Mais le cinéma est fermé le dimanche soir à 20 heures, nous dit le gardien, même la veille d’un jour férié – un lundi de pentecôte férié  pour quelques privilégiés… Trop tard pour aller ailleurs.
Alors, résignés, on rentre chez soi et, au hasard on prend un DVD que l’on n’a pas encore regardé, « The  Tree of Life » de Terence Malick, avec Brad Pitt et Sean Penn. Ça tombe bien en cette période de Festival de Cannes, c’est une ancienne palme d’or.
La pochette dit : « Dans le Texas des années 50, Jack, âgé d’une dizaine d’année, grandit entre un père autoritaire et une mère aimante et généreuse, qui lui donne foi en la vie ». On se dit : chouette ! On va avoir droit à une épopée hollywoodienne ruisselante de bons sentiments, une histoire pleine de rebondissements dans le genre historico-socialo-libéral  cher à Hollywood. Et bien on a tout faux !

Ça commence en effet par une longue, longue suite d’images magnifiques, images oniriques de toutes espèces – animales (le diplodocus magnanime ne mange pas sa proie), végétales, sous-marines (le début du commencement de la vie), vues aériennes dignes d’un Yann Arthus-Bertrand, images planétaires à la Kubrick, (de nombreuses séquences se passent dans l’espace et font dans la pure poésie visuelle), des éruptions volcaniques  en veux-tu, en voilà, bref un beau documentaire.
On s’interroge, on regarde la pochette du film : non, on ne s’est pas trompé, c’est bien « The tree of life« . Il est vrai qu’une voix off parasite ces images. Elle nous raconte en même temps, avec une emphase délibérée des bondieuseries judéo-chrétiennes sur la Grâce, la Nature, le Bien, le Mal. Cet amphigouri n’est pas vraiment original venant d’un cinéaste américain, juste un brin barbant. D’autant que l’on ne voit pas le rapport avec les images et le scénario que l’on vient de lire… Deux heures et quelques après, à la toute fin, on a compris ce qu’il y avait à comprendre, on tire le bilan… Bon!  Bon ce film? Il aurait pu l’être si…

… Si le cinéaste ne s’était pas « lâché »  dans une démonstration trop appuyée de sa foi religieuse : avec ces images  » téléphonées » – la mère éplorée par la mort de son fils, sainte martyre qu’on nous montre en lévitation; avec cette vision décousue et exagérément onirique  de la Vie, de la Nature, y compris de la nature humaine – ni trop bonne ni trop mauvaise, n’est-ce pas? –  et ce paradis rêvé d’adolescent – une plage de sable blanc où les acteurs du film s’embrassent au milieu de la foule des bons samaritains; avec ce discours emphatique empreint d’un romantisme new-age, ce bric à brac philosophico-métaphorique illustré de façon emphatique par de somptueuses images accompagnées d’un musique à la Stanley Kubrick.

Heureusement, on était chez soi, le canapé était confortable, et on pouvait interrompre le film quand le besoin s’en faisait sentir. Tiens, dhors il pleut, mainteant. Ce n’est plus brumaire, c’est Pluviôse.

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