Des échos du concert MusiComposer du 7 janvier dernier

Le nécessaire débriefing auquel se livrent les organisateurs et interprètes après un concert est une opération périlleuse pour les egos. C’est aussi très intéressant et amusant, surtout quand on peut, au fond, faire le bilan avec ces quelques mots : « Ca s’est bien passé, dommage qu’il n’y ait pas eu plus de monde ». 🙂
Il est naturel de voir d’abord ses problèmes. Pour l’organisateur, ce sont les défections de dernière minute, l’impréparation de certains, l’orgue qui ne sonne pas face à la trompette. Pour l’interprète, ce sont évidemment ses défauts; il peut être tenté de battre sa coulpe comme l’un d’eux qui nous écrit :  » Je m’excuse d’avoir pas mal bâclé les choses pour ce concert » !

Cette expérience d’une soirée musicale avec des compositeurs de notre association interprétant leurs propres œuvres valait le coup d’être tentée. L’avenir dira s’il faut la reconduire telle quelle ou s’il faut varier la formule avec d’autres acteurs, comme précédemment.
Je souhaite remercier personnellement les interprètes qui se sont prêtés gentiment – et gratuitement ! – à ce jeu consistant à jouer leurs propres œuvres; tout d’abord Eric Cormier dont la nouvelle pièce, « Monologue » est, de mon point de vue, particulièrement réussie; Olivier Calmel, toujours aussi brillant et inventif dans son duo avec Frédéric Aymard au violon alto; Etienne Champollion, que nous avons découvert dans ses prestations de jeune pianiste éblouissant d’aisance, de talent et d’enthousiasme, prenant le risque non seulement de jouer sa musique mais aussi celles d’autres compositeurs avec le stress de les savoir dans la salle !
Nos deux flûtistes, Eric Seys et Marjorie Missemer se sont également distingués par l’excellence de leurs interprétations. Et les autres interprètes, aussi, Emilie Aulange à l’orgue, Richard Long à la trompette, Fréderic Jacqmin à la guitare (et à la prise de son) ont « assuré » leur part du succès, avec bien du mérite !
Je n’aurais garde d’oublier Yves Rinaldi, qui a organisé et animé cette soirée alors même qu’aucune pièce de lui n’était au programme – ce qui explique peut-être que l’assistance ait été un peu clairsemée… ce qu’il regrettera comme moi.
Animation un peu nonchalante, ont dit certains (voir plus loin). Peut-être, mais – je répond en notre nom à tous les deux, puisque j’ai participé aussi à cette animation – « Nous ferons mieux lors de nos prochains concerts, les 28 mai et 17 juin. Revenez ! »

Et puis, faut-il s’auto-flageller en public pour susciter les protestations de soutien ou vaut-il mieux afficher une satisfaction qui peut passer pour de la complaisance?
J’ai décidé de ne pas prendre parti, et j’ai sollicité les avis d’une dizaine de personnes, avis que l’on trouvera ci-après – j’ai fait en sorte qu’ils restent anonymes.
Au lecteur d’y trouver l’écho de ses impressions ou de nous livrer sa propre synthèse dans un commentaire ci-dessous, en attendant que les enregistrements du concert nous mettent tous d’accord !

A.:
Nous avons beaucoup aimé le concert et sommes impressionnés par le niveau à la fois des compositeurs et des interprètes, également par l’esprit de convivialité qui règne dans votre groupe. C’est bien ce que tu fais pour émuler, animer et donner des occasions à ces talents de s’exprimer en dehors des sentiers battus (le Répertoire) et du conformisme musical du grand public.

B. :
C’était pas mal, mieux me semble t-il que les fois précédentes. Peut-être un peu long. Une heure et demie est la bonne durée pour un concert sans entracte, comme une séance de cinéma; deux heures, on prend le risque de fatiguer un peu. Démarrer par des pièces de flûte seule, ce n’était pas non plus un choix évident … moi je préfère le piano.

C.:
Mon souci, à moi, c’était de ne pas tousser ou renifler pendant le concert, car j’avais une crève terrible ! Mais sinon j’ai bien aimé, oui, la musique, la convivialité, le fait que des compositeurs jouent leurs propres œuvres, ce qui n’est pas si fréquent.

D.
Je n’ai vraiment pas bien joué et je pense qu’il n’y a pas grand-chose à garder du coté de l’enregistrement sur mon intervention. […]. J’espère que nous aurons l’occasion de rejouer cette pièce pour la jouer parfaitement cette fois ci et disposer d’un enregistrement convenable car celui du 7 janvier va ressortir très calamiteux vu comment cela a été joué.[…]Enfin voilà ! J’espère qu’au delà de tout ça vous avez passé une bonne soirée !

E. :
J’ai apprécié le concert aux sons des deux flûtes argentées et enchantées, très joli phrasé de Marjorie, remarquablement sensible, ainsi que Eric Seys, très musical aussi, et autant dans le répertoire plus contemporain.
La sûreté d’Olivier Calmel ne m’a pas étonné, et sa prestation dialoguée alto-piano fut superbe, à part les jeux dans les cordes du piano, un peu connotée et déjà vue – ça n’apporte pas grand chose, mais ce n’est que mon avis, en jazz c’est sûrement important.
Etienne s’est bien défendu devant toutes ses partitions à assimiler, quel talent et quel avenir il a ce jeune homme ! Il est à l’aise et heureux au piano comme un poisson dans l’eau, c’est sûrement le plus méritant et le plus doué de la bande…( chut ! ne le répètez pas).
Eric Cormier aussi m’a impressionné, le jeu des octaves qu’il a maîtrisé n’était pas si facile.

F.:
Globalement j’ai trouvé très bien ce concert.
– Les petits # (petits +):

    . Des instrumentistes joyeux et à l’aise dans leur interprétation
    . Un public attentif et bienveillant
    . Une programmation intéressante des œuvres présentées, toutes d’un bon niveau.
    . La sonate pour trompette et orgue pour clore cette belle soirée, et chargée d’une émotion toute mélancolique parfaitement restituée par Emilie et Richard…. évidemment c’est bien meilleur que l’actuel rendu informatique, un peu terne et sans passion!!… J’attends ardemment le 3e mouvement…….

– Les petits b (petits bémols):

      . Les changements de programme à la dernière minute
      . Des pianos un peu trop bruyants et enthousiastes écrasant souvent la flûte et complètement l’alto …. ce qui pourra peut-être être rééquilibré au final puisque l’enregistrement s’est fait avec 2 paires de micros
      . Au contraire un orgue peut-être un peu trop discret par rapport à une trompette évidemment (et heureusement) très sonore ….. éventuellement à rééquilibre très légèrement! …

G. :
[…]J’ai bien aimé la pièce de Christian Lagache. […] Ce sont les préludes qui m’ont semblé le moins réussi, […]trop de pédale, d’un bout à l’autre, et il n’y avait pas d’élément ressortant franchement de ce brouillard, sauf dans la première et la dernière pièce.
Dans les nocturnes, il y a aussi trop de pédale, mais c’est moins flagrant que dans les préludes.[…]
Dans le dernier nocturne, l’idée de finir « piano » est excellente, meilleure que l’idée initiale du compositeur qui dans sa partition notait « forte ».
D’autre part les autres interprètes n’ont pas non plus fait de sans faute…. Même Olivier Calmel (qui a pourtant un sacré nombre d’heures de concert derrière lui, et qui jouait son répertoire habituel) était un peu brouillon par moments.
En fait ce concert est probablement meilleur que les trois précédents concerts de MusiComposer (juin 2009, février 2010 et juin 2010).
Ces concerts étant constitués de créations, il est inévitable qu’il y ait un décalage avec l’interprétation idéale, qui ne s’obtient qu’après avoir joué la pièce plusieurs fois en concert.

H. :
Dans l’ensemble, ce n’était pas mal, mais un peu long, et surtout cela manquait de rythme. Dans un concert, ce qui est important, c’est le rythme. L’animateur aurait du faire plus court, plus dynamique. Les préludes étaient trop longs. Donnés pour 10 minutes, ils ont duré plus d’un quart d’heure. J’ai particulièrement apprécié le premier morceau, « Monologue » d’Eric Cormier, très beau, et la délicatesse et le phrasé de la flutiste Marjorie Missemer dans la pièce lauréate du concours, Couleurs entrelaçées de Christian Lagache. Quand à l’orgue, il est affreux. Il faut absolument éviter de jouer de cet orgue qui sonne comme un harmonium.

Voici quelques photos en attendant la publication des enregistrements.

Eric_Cormier piano, Eric_Seys flûte

Etienne Champollion et Eric_Seys

 

Olivier Calmel au piano et Frederic Eymard au violon alto

 

F_Jacqmin à la guitare

4 réflexions au sujet de « Des échos du concert MusiComposer du 7 janvier dernier »

  1. Merci, cher Jean-Louis foucart, pour ce compte-rendu et cet échantillon de réactions au concert. J’ai personnellement pris beaucoup de plaisir à le présenter et ai particulièrement apprécié la convivialité manifestée par tous : musiciens, compositeurs et public. C’est sans nul doute le concert le plus fidèle à l’esprit associatif de MusiComposer.fr qui ait eu lieu, jusqu’à présent. On remerciera chaleureusement les interprètes qui ont donné beaucoup de leur talent, gratuitement avec une mention particulière pour les deux « piliers » pour l’occasion, à savoir Etienne Champollion et Eric Seys.
    N’oublions pas Emilie qui fut héroïque et nous a montré combien elle méritait notre (très grande) estime, voire plus encore.
    Je ne crois pas que l’absence de pièces de moi ait justifié une moindre fréquentation du public, par rapport au précédents concerts et je le dis sans fausse modestie. Je crois que la date – en tout début d’année – a joué en notre défaveur. Peut-être le Printemps éveille-t-il plus la volonté de sortir à Paris écouter des créations musicales ? Espérons-le pour nos deux prochains concerts des 28 mai et 17 juin…
    Bravo à tous les participants !

  2. Animation nonchalante ? Oui, certes, mais nous étions en petit comité, entre nous, alors c’était tout de même plus sympathique que l’on prenne le temps d’apostropher les uns et les autres, leur demandant s’ils s’occupaient d’un orchestre à Pantin, etc.

    Effectivement pour les concerts de mai et juin il faudra être plus sérieux, il y aura des maisons d’édition et des auteurs. Mais Yves sait s’adapter à son public donc cela se fera très naturellement.

  3. Alors j’en déduis que Michel Drucker n’est pas quelqu’un de sérieux ? Moi je trouve que c’est une très bonne idée de faire intervenir les compositeurs pour expliquer la gestation de leur pièce. Je ne pense que ce soit cela qui soit reproché. Car cela peut se faire dynamiquement,sans nonchalance.

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