Trés belle soirée à la Cité

Samedi 23/01 à la Cité de la Musique, un très beau concert de musiques des XXe et XXIe siècles. Au programme, Mantovani et boulez.

Concert du samedi 23/01/10. Billet rédigé le 24/01/10

Pascal Rophé dirigeait l’ « Inter » (puisque c’est comme ça que l’on dit dans les milieux autorisés 😉

Au programme, Le sette chiese de Bruno Mantovani, et Rituel in memoriam Bruno Maderna de Pierre Boulez.

Bruno Mantovani, jeune compositeur de 35 ans, s’est inspiré pour cette œuvre du complexe des « sept églises » de Bologne.

Voir : Santo -Stephano.

L’auteur dit lui-même que cette pièce se singularise vis-à-vis du reste de sa production, je ne peux pas en dire plus, ne connaissant pas son catalogue, malgré la liste impressionnante de distinctions que le jeune monsieur a déjà reçues (dernière en date ; l’obtention du titre de Compositeur de l’année aux Victoires de la musique).

Une très belle musique, toute en finesse, assez figuraliste, le propos étant d’illustrer certaines parties de l’endroit qui donne son titre à l’œuvre. La première partie « La piazza Santo Stefano » nous situe à l’extérieur, avant de pénétrer dans les sette chiese à proprement parler. C’est donc tout naturellement que l’on entend une succession de sons évoquant un environnement urbain et bruyant. Il y a quelques faux airs de Mandarin merveilleux dans la démarche, mais là où Bartok exprime son effroi des grandes villes, Mantovani nous offre une ambiance agitée et joyeuse.

La direction est très enlevée, Pascal Rophé n’est pas dans la catégorie des chefs-sauteurs, mais il dégage une forte énergie, et semble ne pas savoir marcher (il arrive sur scène en gambadant, saute sur l’estrade, à la fin de la pièce il refait la bise à la première violoniste à chaque retour sur scène …) Mais je m’égare…

Nous irons successivement visiter : La piazza Santo Stefano,
L’église de saint Jean-Baptiste, puissante partie en long mouvement ascendant,
La crypte, avec une sublime chimère timbale / violoncelle,
La basilique du sépulcre (à Hervé Boutry), où j’ai cru entendre des passages assez proches de la musique spectrale,
Basilique des saints Vital et Agricola (à la mémoire d’Olivier Messiaen), où un choral de cuivres laisse la place à un trio endiablé de percussions à hauteurs indéterminées,
La cour de Pilate (à Jonathan Nott), où l’on retrouve les sons de l’extérieur entendus au début, mais développés, avec des jeux rythmiques très riches,
L’église du martyrium, dont les 5 chapelles donnent lieu à 5 miniatures (dont une marche militaire stylisée, faisant référence au monument aux morts),
Le cloître, avec notamment une très étonnante chimère tournante, sur une note unique qui passe imperceptiblement d’instrument en instrument,
La chapelle du bandeau, très sereine et très belle, se terminant avec quelques instruments qui jouent sur des superpositions de pulsations indépendantes, stylisant un ensemble de cloches.

Le traitement de la lumière fait penser un peu à Messiaen, et les contrastes entre les évocations du sombre / enterré et du clair / aérien sont nombreux.

L’effectif est composé des instruments habituels, avec des trombones ténor-basse, un tuba, 3 percussions, piano, pianino / celesta. 6 solistes instruments sont placés sur des estrades (Trombone, Cor, Violon, Clarinette, Violoncelle, Basson). Ils sont répartis tout autour de la scène.

En un mot, c’était-vraiment-très-beau, l’auteur, dans la salle a été looooonguement applaudi.

Le Rituel in memoriam Bruno Maderna de Pierre Boulez est une œuvre qui m’a totalement dérouté.

Autant le dire de suite, je m’étais préparé psychologiquement à une succession de sons inouïs joués sur des rythmes abscons, et à me trouver à la fin du concert frustré de n’avoir rien compris. Je trouve quand-même que la musique de Boulez n’est vraiment pas facile quoi !

… Bon maintenant que je me suis bien fait huer, passons aux bonnes nouvelles :

La pièce m’avait donné envie via un élément « facilitateur », qui est le traitement de l’effectif par groupes, et par la spatialisation (en d’autres termes, les instruments sont répartis tout autour de la salle (sauf au balcon, ça n’est pas très commode), et le chef est sur une estrade au milieu de la salle (quelques auditeurs curieux doivent avoir un sérieux torticolis ce matin).

Mais il y a autre chose.

Je laisse la place à Dominique Jameux, qui a écrit les notes du concert pour la Cité, et dira tout ça bien mieux que moi. On se retrouve tout à l’heure, pendant ce temps là je vais allumer la cafetière.

« (…) tant l’organisation très lisible de l’œuvre que son caractère obsessionnel et répétitif lui confèrent une aura particulière, qui lui assure généralement une écoute auprès du public que pourrait dérouter telle autre œuvre de l’auteur. »
Voila c’est dit ; « même Arthur peut comprendre ». Des répétitions obsessionnelles de séquences rythmiques (spatialisées bien sur), de motifs mélodiques, que ce soit dans des passages très échevelés, ou au contraire dans des passages très solennels, puissants et profonds.

A toi Dominique : « Morphologiquement, Rituel est écrit pour un ensemble orchestral composé de huit groupes aux effectifs croissants, et disposés séparément sur le plateau : un hautbois, deux clarinettes, trois flûtes, quatre violons, un quintette à vents, un sextuor à cordes, un septuor à bois, et un groupe de quatorze vents (cuivres uniquement). À chacun de ces huit groupes est « affilié » un percussionniste, soit neuf percussionnistes au total (le dernier groupe, très sonore, dispose de deux percussionnistes).

L’œuvre est composée de quinze séquences, alternant deux tempi de base : très lent (séquences impaires) et modéré (séquences paires). Les séquences impaires sont dirigées et synchronisées par le chef, qui après avoir donné un signe de départ aux deux percussionnistes du groupe VIII (ce groupe joue toutes les séquences impaires) déclenche le jeu d’un ou plusieurs groupes, à charge pour lui de répartir le texte de ceux-ci sur la partie des percussionnistes, qui jouent en partie ad libitum dans le cadre d’une certaine régularité, et qui ont ainsi une certaine fonction de « frise sonore ». Les séquences paires ne sont pas synchronisées. De caractère davantage improvisé, imposant une rupture relative dans l’univers quasi-étouffant des séquences impaires, elles agrègent les groupes instrumentaux et leurs percussions respectives après que le chef a donné le signal du départ à chacun d’entre eux. Le parcours de l’œuvre consiste en une progressive mise en œuvre de l’effectif complet, qui passe du groupe unique (séquences 1, 3) au tutti des huit groupes (séquence 13), toutefois sans progression linéaire directe, mais par l’augmentation progressive des durées de chaque séquence.

Les séquences paires suivent à leur rythme cette progression dans le volume et la durée. À partir de la séquence 15, la dernière – la coda – et la plus longue, qui se situe peu après le milieu de l’œuvre, un retro-parcours s’établit : en sept sections analogues aux sept séquences impaires précédentes, une grande et progressive déflation instrumentale s’établit. Les groupes quittent le jeu : le hautbois du groupe 1 d’abord, les deux clarinettes du groupe 2, etc. La dernière section ne laisse en présence que les groupes 7 et 8, nombreux au demeurant, mais qui savent trouver les échelles de nuances propres à conforter l’image d’une boulézienne Symphonie des Adieux.

C’est dans cette « épiphanie » de la structure, au moins autant que dans le caractère funèbre, répétitif, implacable, et presque mécanique de la musique, que réside le sens rituel de l’œuvre, tout entière issue d’une note et d’un accord initiaux, tout entière tendue vers une note et un accord – les mêmes-terminaux. »

Merci Dominique.

Que rajouter ? Que le groupe « central » de 14 vents fait évidemment penser à une fonction de chœur antique, et que les deux percussionnistes qui les soutiennent jouent un très imposant ensemble de portiques avec pas moins de … 14 gongs et tam-tams. La « chorégraphie » des deux percussionnistes m’a fait penser aux joueurs de percussions japonaises (« taiko »), ce qui contribuait à ajouter à l’ambiance superbement cérémonielle de la soirée.

C’était très impressionnant, et l’inter était très en forme, avec une équipe de percussionnistes très jeunes.

Sur ce le café est prêt, je vous laisse donc et vous souhaite un excellent dimanche.

Amitiés

Arthur

5 réflexions au sujet de « Trés belle soirée à la Cité »

  1. Il faut aimer Montovani et Boulez…ce qui est doublement très difficile !!!! Bienvenu au royaume du "concert foutage de gueule ". Mais courage ! ce courant dépéri ! il est déjà  vieux !

    Etienne

  2. C’est fou, cette obsession du "foutage de gueule", comme si des musiciens pouvaient avoir envie de jouer "n’importe quoi"… Du coup, tous ceux qui aiment ça sont suspectés d’être d’horribles snobs qui ne vont voir ça que pour souffrir…
    Tout va bien, cela dit, les concerts de l’Intercontemporain sont tout sauf vides et les gens aiment souvent cette musique. Il ne faudrait d’ailleurs pas croire que ce soit si important que ça de comprendre, d’avoir une approche musicologique : on peut aimer une symphonie de Beethoven sans suivre la structure de la forme sonate ou l’organisation tonale, on peut aimer Boulez sans avoir fait dix-huit ans de conservatoire. Suffit d’ouvrir les oreilles et l’esprit…

  3. Je reconnais qu’on peut apprécier sincèrement la musique de Boulez, mais vu ce qu’il a écrit sur ses confrères compositeurs quand il était jeune, et vu le carriérisme dont il a fait preuve sa vie durant, je ne suis pas mécontent qu’on l’assaisonne un peu de temps en temps. à‡a sera toujours moins méchant que les horreurs qu’il a lui-même écrites.

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