Carmen à  la Scala

Soirée Opéra hier soir sur Arte, qui retransmettait en quasi direct la Première de l’opéra Carmen de Georges Bizet à la Scala de Milan, spectacle proposé par son Directeur Stéphane Lissner.C’était la soirée d’ouverture de la saison, une soirée de gala avec son public mondain et en prime, – comme d’habitude allai-je dire, le Président de la République Italienne (ce qui prouve que l’on peut être Président et aimer autre chose que la pop-music ! 🙂 – ce qui nous valut d’écouter  l’hymne national italien.
Cette Carmen là m’a bien plu.

La mise en scène d’Emma Dante, palermitaine qui dirige une troupe de théâtre connue en Italie y a largement contribué. Sobres, sombres, décors et lumières contrastées contribuaient à créer un climat de mysticisme surprenant, avec beaucoup de mouvements de foule, de défilés militaires et religieux, prêtres, moniales, pénitents à genoux, des croix partout…Et des tableaux émouvant tel cette évocation du lit de mort de la mère de Don José avec ce couvre-lit porté par la foule et son oreiller, dans lequel une Micaela éplorée s’éloigne dans la pénombre.
Nous sommes à cent lieux de la Carmen délurée, moderne, solaire que je connaissais, au point que j’avais par moment l’impression de voir cet opéra pour la première fois. L’œuvre de Bizet a beau être archi rebattue dans le répertoire lyrique – l’opéra le plus joué dans le monde, parait-il – elle recèle encore des potentialités inexploitées pour qui a du talent et de l’imagination. Peut-être suis-je bon public. En tout cas, cette mise en scène n’a pas fait l’unanimité hier soir. Emma Dante  a même été assez largement huée, à la surprise du Chef, Daniel Barenboïm qui l’entraînait encore et encore pour la faire applaudir à la fin – il nous avait dit à l’entracte tout le bien qu’il pensait d’elle et de leur collaboration exemplaire. Les interprètes étaient également à la hauteur : la Carmencita, bien sûr, incarnée par la jeune chanteuse Anita Rachvelishvili, belle voix de mezzo, chaude, sombre, pleine, une gloire montante de l’académie de la Scala, pas vraiment connue mais qui s’est fait un nom ce soir, sans nul doute; mais aussi Don José, le ténor Jonas Kaufmann, la vedette su spectacle, voix chaude et sensuelle chantant dans un français compréhensible, merci ! Je n’en dirai pas autant pour le baryton toréador Erwin Schrott, belle prestance bien dans l’emploi, belle voix de bariton-basse, mais quel français de vache… uruguayenne !  Le reste de la distribution était aussi de bon niveau à l’exception notable de la Micaela d’ Adriana d’Amato, une soprano dont le vibrato – le trémolo plutôt –  était tel qu’on ne savait dire quelle note elle était censée chanter… La musique de Bizet était magnifiquement servie par un orchestre de la Scala digne de tous les superlatifs, sous la baguette savante de Daniel Barenboïm. Combien de belles mélodies dans cette œuvre ! On comprend Nietzsche qui moquait la musique de Wagner et lui préférait celle de Bizet… Je n’irai quand même pas jusque là.

4 réflexions au sujet de « Carmen à  la Scala »

  1. Je vous trouve bien indulgent pour la mise en scène de cette dame, qui ne m’a paru très pertinente et semble mieux convenir à  Cavalleria Rusticana qu’à  Carmen.
    Des idées, il y en a, certes, et même beaucoup, ce qui serait plutôt un bon point pour elle. Malheureusement, ces idées ne sont pas de nature à  apporter un éclairage nouveau, et tombent le plus souvent "à  côté". D’accord avec vous, en revanche, pour signaler la nullité de la Micaela, indigne d’une scène comme la Scala.

  2. Carmen ????
    Non une Sicilienne ne sera jamais cette belle Andalouse ,
    Carmen n’est ni frustrée ni soumise ( contrairement à  tous ces hommes représentés sur scéne)
    Mise en scène racoleuse vulgaire et hors sujet ,un zéro pointé lorsque l’on prétend "mettre en scène" à  la Scala .De plus ce pauvre Don José ,violé par la Belle ,quelle maîtrise de soi que de continuer à  chanter juste .
    "et tu n’avais eu qu’à  paraître, à  jeter un regard sur moi …" et l’autre l’imagine allongée, presque la culotte à  la main dans des costumes trop "haute-couture "
    Allez je vais me remettre au 33 tours .

  3. Pour ma part, je ne partage pas la sévérité excessive de certains camarades. Le premier acte ne m’a pas convaincu du tout, certes (cela sentait le manifeste et la démonstration vaine – ces soldats qui mettent en joue les cigarières, quelle blague !).
    Mais la suite me semble plus attachante, et plus juste (le final était tout particulièrement poignant). Jonas Kaufmann est vraiment très habité, magnifique, un don José marquant. Erwin Schrott par contre m’a fort déçu, j’ai trouvé son émission plate (sans relief, à  la prononciation sans vie) et sans prestance, ni morgue ! Quant à  Anita Rachvelishvili elle m’a semblé probe, mais sans flamme particulière (rien d’inoubliable, disons).

    Bref, cette production ne mérite, à  mon sens, ni excès d’honneur ni excès d’indignité…

  4. S’il est vrai que les milanais sont plutôt enclins à  préférer les opéras italiens, le choix de l’œuvre a dà» plutôt les décevoir à  un double titre… Tout d’abord il y a beaucoup trop de "phrasés" (parties non chantées)… On est loin d’un opéra vériste !… Ensuite la mise en scène s’est voulue (légèrement) audacieuse, s’attaquant à  pas mal de symboles…
    Pour ma part, j’ai trouvé cette dernière intéressante. Il ne faut pas oublier que Michaela est la messagère… et de ce fait, les images fugaces d’un mariage en blanc qui n’aura jamais lieu ou l’identification avec la mère décédée peuvent très bien se concevoir.
    j’ai rarement entendu (et vu) une Carmen et un Don José aussi convaincants, notamment dans le dernier acte. Cet affrontement avait un côté de sublime… leurs voix se marriant d’ailleurs très bien ensemble… Quant à  Adriana Damato !… c’était le choix à  ne pas retenir pour une telle soirée…
    Reste la direction de D. Barenboù¯m toute en nuance et qui est une relecture justifiée d’une œuvre qui trop souvent est menée "tambour battant" !

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