Neurones et musique

« La capacité à projeter et à faire partager des émotions à travers l’art est le produit de l’évolution du cerveau humain. Un territoire que Jean-Pierre Changeux, l’auteur de  » L’Homme neuronal  » explore en pionnier. Ce n’était pas l’idée qu’on se faisait du salon d’un homme de science. Un orgue coincé entre deux fenêtres, quelques fauteuils Louis XV, des sculptures en terre cuite sur la cheminée, des murs couverts de tableaux et d’esquisses: ici, l’amateur d’art parle le premier.  » Cette activité de collectionneur est ludique, je m’y suis livré depuis que je suis étudiant, en parallèle à mon activité scientifique. Jusqu’au jour où je me suis rendu compte que ma réflexion sur le cerveau pouvait m’apporter sur l’art un autre regard « , précise Jean-Pierre Changeux. On ne se refait guère à 72 ans, et Jean-Pierre Changeux reste avant tout un neurobiologiste. Celui qui fut en 1983 l’auteur de L’Homme neuronal publie aujourd’hui Du vrai, du beau, du bien (éd. Odile Jacob). Le fruit de trente ans d’enseignement et d’avancées scientifiques, qui ébauche une théorie synthétique des fonctions cognitives de l’espèce humaine. Ni plus ni moins ».

[C’est ainsi que débute cet interview de Jean-Pierre Changeux dans Le Monde du jour (daté 29 mai 2009). Que ceux qui peuvent lire l’article entier se précipitent : cela leur donnera inévitablement l’envie d’acheter et lire le livre ! :-). En attendant, en voici quelques extraits concernant plus particulièrement un art qui nous est cher, La Musique.]


 » Les neurosciences constituent un domaine de recherche foisonnant et offrent une ouverture considérable vers une meilleure compréhension de l’homme « , poursuit-il. Une compréhension qui, dans le domaine esthétique, prend en compte l’existence, entre l’artiste et ceux qui apprécient son œuvre, d’une  » relation d’empathie «  (capacité à s’identifier et à ressentir comme autrui). Et aussi  » nos multiples histoires évolutives passées et présentes, emboîtées les unes dans les autres « . La première de ces histoires est génétique, et résulte de l’évolution des ancêtres de l’homme. La deuxième, qui commence sans doute dans le ventre maternel, façonne la manière dont les neurones vont se connecter dans notre cerveau : par  » stabilisation sélective de synapses «  – notion essentielle dans l’œuvre de M. Changeux -, ils vont former un réseau unique, qui résultera de l’imprégnation culturelle du nouveau-né puis de l’enfant dans son environnement familial et social. La troisième évolution, elle, survient lorsque nous interagissons avec le monde extérieur. De façon consciente ou non, nous élaborons alors des représentations de ce monde qui vont être mémorisées et stockées dans notre cerveau, et qui seront elles-mêmes susceptibles de s’organiser en raisonnements, en propositions… ou en création artistique.  » Une œuvre d’art est elle-même la synthèse de plusieurs évolutions, précise le neurobiologiste. Celle de son époque, puisqu’elle s’inscrit toujours dans l’histoire de l’art. Et celle de l’artiste, dont le projet va se développer par esquisses successives jusqu’à ce qu’il parvienne à l’adéquation optimale entre l’image représentée et l’intention de départ. «  Une aventure cérébrale d’une subtilité inouïe, à laquelle s’ajoute le fait que l’œuvre touche la subjectivité et les émotions – celles de l’artiste comme celles de ceux qui apprécient son œuvre – par ce que M. Changeux nomme une  » communication symbolique intersubjective « . «  Lorsque vous regardez le Guernica de Picasso, vous ne percevez pas seulement les figures qui s’y trouvent, mais tout l’investissement émotionnel qu’il contient. Vous recevez ainsi le message que l’artiste souhaite communiquer.[…]Très tôt, en tout cas, la création artistique a servi comme mode d’expression et de communication et participé à la vie collective. «  Une composante fondamentale dans la vie sociale de notre propre espèce, Homo sapiens, dont on trouve le prolongement aujourd’hui. Notamment dans la musique,  » qui joue un rôle essentiel d’appartenance au groupe parmi les jeunes « . Peinture et musique, la perspective offerte par ces deux arts est-elle la même d’un point de vue neurobiologique ?  » L’un mobilise l’oeil, l’autre l’oreille, l’un est statique et l’autre dynamique, mais il existe entre eux de nombreux points communs… «  Jean-Pierre Changeux devient songeur.  » La neuroscience, ajoute-t-il, a encore beaucoup à découvrir sur l’origine et la fonction sociale de l’art musical, qui a peut-être été très précoce dans l’histoire de l’humanité.  » Notre cerveau, sur ce terrain, reste une  » boîte noire « . Le regrette-t-il ?  » En matière de neuroesthétique, mon but est de faire une esquisse des recherches à venir. Et de susciter des vocations, parmi les historiens de l’art comme parmi les neurobiologistes « .

3 réflexions au sujet de « Neurones et musique »

  1. Oui… enfin… C’est un peu plan plan tout ça. Sur la ressemblance entre peinture et musique, par exemple, cela fait longtemps que l’on sait que certains algorithmes de reconnaissance de rythme en musique sont identiques aux algorithmes de reconnaissance de zone sur des images. Si vous manipulez Ableton Live, et que vous vous servez du système de transposition sans modification de la durée, vous verrez que les options dont il dispose (accent mis sur la hauteur, le rythme ou la texture) sont similaires aux questions à  se poser dans un algorithme d’agrandissement d’image.

  2. Oui Jean-Armand, mais nos biologistes « modernes » ont du mal avec la génétique des algorithmes. Ils préfèrent encore l’Art de la rhétorique à  l’étude de la réalité.
    Cela doit les faire vibrer de considérer les déplacements de symboles de description types ondes ou fréquences, plutôt que de prendre en compte la réalité moléculaire-atomique sous-jacente. Visiblement les oscillateurs atomiques, ils ne connaissent pas trop.
    Pourtant, ils n’ignorent rien d’une réaction biochimique ou chimique. Ils savent qu’elle se traduit par une transformation, réorganisant les atomes constituant les molécules. Ils devraient, tous, savoir que dès 1879 Lord Kelvin alias Sir William Thomson faisait remarquer que les oscillateurs atomiques : les atomes pouvaient fournir un étalon de fréquence.
    Mais bon, ces mystiques préfèrent observer l’oscillation d’un balancier d’horloge ou la vibration d’un quartz en imaginant que passe le « Temps » présent. Cela les dérange probablement d’exprimer que c’est le présent qui passe. De nous faire connaitre que ce sont les enregistrements mnésiques captés qu’ils étudient. Toujours au passé.
    Non ! Il leurs faut introduire de l’Ordre relationnel objectif, descriptif. Afin de contribuer au maintien de l’Ordre féodal d’antan. Il y aurait, parait-il des lois descriptives à  découvrir en « science »
    Mais, se préoccuper de notre capacité à  pouvoir capter le Monde. Se préoccuper des systèmes biologiques d’acquisition et des algorithmes de traitement des signaux environnementaux détectés, oublions !
    Tout comme, probablement, ils ont oublié que c’est par définition que l’on relie la fréquence au « Temps » (1/T).
    Quel peut être l’intérêt de décrire un phénomène qui se répète, si non de comprendre physiquement pourquoi il le fait.
    C’est vrai, on ne les forme pas pour réfléchir sur l’Harmonie ou le Chant du Monde. Nobel, il n’aimerait pas trop.
    Et puis comprendre que l’étude de la nature n’a rien à  voir avec l’étude de la mécanique, cela ne les intéresse pas.
    " Les neurosciences constituent un domaine de recherche foisonnant et offrent une ouverture considérable vers une meilleure compréhension de l’homme ", pour autant que la coévolution écosystémique se limite à  la vieille histoire de la théorie darwinienne. On est poussières atomiques d’étoiles, juste pour amuser les gosses.
    Continuons à  croire, puisque, parait-il, les « scientifiques » ne font nullement appel à  des croyances, que les atomes sont liés entre eux par des « liaisons riches en énergies ». Magie Magie. L’induction et le couplage magnétique, oublions.
    Cela nous a déjà  valu des détournements d’attention atomiques mémorables. Célébrons la célérité débile où¹, l’homo faber fabrique et choisit des étalons mécaniques arbitraires, afin de définir la Vérité et pourquoi pas la Vérité absolue.
    Ce après avoir exprimé sa capacité à  apprendre, à  lire, à  parler, à  compter et, à  représenter à  l’aide du beau langage mathématique biologique.
    Qui oserait dire que nos « scientifiques » ne sont pas des lumières.

    http://www.fabriquedesens.net/Ga...

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