Les œuvres pour piano de Leticia Cuen

On découvre les musiques de Leticia Cuen, comme les pages d’un journal intime, une à  une : avec attention, quelquefois avec étonnement, toujours avec bonheur.

Plusieurs des œuvres de cette jeune compositrice, née à  Mexico, sont jouées réguliêrement en concert, notamment au Mexique, au Canada, aux éats-Unis, à  Cuba, au Venezuela, en France et créées lors de festivals en Europe. L’enregistrement récent de ses œuvres pour piano, comprenant : Vagues, Préludes, El Ilianto de Los Soles, Nocturne, interprétées magnifiquement par le pianiste Maxime Hochart, lire ici chez RT classique, permet d’en comprendre toute la subtilité et la profondeur. Une démarche compositionnelle particuliêre :
transcrire une musique de l’à¢me A propos de sa toute premiêre piêce, « EL Ellanto De los Soles, qu’elle qualifie d’anecdote sonore et temporelle, Leticia Cuen écrit : « à  la recherche de moi-même () j’ai exposé mon à¢me, mes quêtes de l’époque / cette piêce () n’était qu’une résonance du moi en musique »* Chaque piêce destinée au piano, le confirmera. Le piano de Leticia Cuen chante les variations subtiles de l’être, c’est une musique de l’à¢me. Imprégnée d’un certain romantisme (nombreuses sont les références à  Chopin, à  Liszt, Rachmaninov), sa musique dépasse la simple imitation stylistique, d’une part en puisant à  d’autres répertoires ( Debussy, Bartà³k, Chostakovitch), d’autre part grà¢ce à  un langage personnel et minutieux, axé sur une recherche de sonorités, colorées et lumineuses, presque tactiles. A premiêre vue, nulle référence directe aux modêles de la musique latine, américo-Latine, hormis certaines pages aux accents ravéliens et hispaniques (Préludes) et malgré le titre poétique de la piêce, EL Llanto De los Soles, les Préludes, Nocturne et Vagues, attestent de leur appartenance à  une tradition musicale classique, à  la fois romantique et contemporaine. Vagues :
initialement composé pour violoncelle et harpe en 2002 , révisé pou piano en 2003, ce chant dédié à  l’errance, et peut-être aussi à  l’exil , est la plus longue des piêces de l’album,(10 mn). Mélancolique et tourmenté, ce long poême musical, s’achêve sur des accents plus sereins. Nocturne : nostalgique et feutré, il appartient à  la nuit, on l’entend comme une douce sérénade. Préludes:
Entreprendre l’écriture d’un recueil de 24 préludes, c’est faire référence plus ou moins directement à  d’exaltants prédécesseurs tels Debussy, Chopin, Chostakovitch, ces derniers se référant à  Bach (Quel compositeur peut se vanter d’avoir jamais composé ex nihilo ?) Ce sont déjà  13 préludes (en premier cycle) qui sont proposés en écoute dans cet album enregistré à  Paris, au studio de l’opéra Bastille. On y observe, successivement:
la douceur (Prélude 6) et la force éloquente du discours pianistique, (Prélude 4, Prélude 12) l’étendue de la dynamique (des nuances des plus tenues aux plus puissantes) l’alternance des tempi, la grande maîtrise de la métrique, et du temps, du rythme et du temps suspendu , (voir le cursif et furtif Prélude 5), l’à¢preté et la franchise de certains accents (prélude 10) l’importance de la mélodie, le caractêre três polyphonique, plutôt rare pour des piêces instrumentales. Musique percussive et énergique, mais plus souvent mélodique que rythmique éminemment réfléchie, cet art de l’intime, presque « psychologique », échappe à  toute introspection stérile. La musique de Leticia Cuen s’inscrit simplement dans la lignée d’une musique savante dont on ne regrette parfois que l’expression trop retenue. Des éléments musicaux latino-américains, évoquent l’ héritage musical du pays natal, (Prélude 8), dans les harmonies et les rythmes surprenants, les ostinati, grands trémolos et jeux d’octaves (Prélude 13). Chanter les tourments intérieurs, pour mieux s’en délivrer, – ne pourrait-on voir dans les Préludes, des maniêres d’exercices philosophiques et spirituels, méditatifs autant que musicaux ? Composer et donner à  parcourir les pages d’un tel journal musical n’est pas le fait d’un temps révolu. On est souvent tenté de s’arrêter aux titres évocateurs tels que « Préludes » et « Nocturne » ou même au choix de l’instrument, tel que « le piano », tellement ancré dans l’êre romantique et post-romantique. Leticia Cuen réussit à  relever le défi, celui de joindre tradition et modernité, dans un langage original qu’on qualifiera de « contemporain néo-romantique », et qui est tout simplement le sien. pour écouter les œuvres de Leticia Cuen : sur my space © Emilie A. pour MusiComposer.fr (* extraits du livret du CD-Oeuvres pour Piano/Leticia Cuen/ Maxime Hochart, Piano / RT classique, 2007)

5 réflexions au sujet de « Les œuvres pour piano de Leticia Cuen »

  1. Pour ma part, je qualifierais cette musique de délicieusement… "féminine" !
    (Mais non, je ne suis pas un macho de retour de vacances!)
    J’espère seulement qu’après cette belle critique, cette compositrice acceptera de nous rejoindre… trop d’hommes chez nous, à  MusiComposer.fr, pas assez de femmes! 😉

  2. Bonjour Leticia,
    ce fut un plaisir pour moi, de vous écouter,
    et de commenter, à  mon tour
    de vous remercier pour votre appréciation,
    en espérant qu’on pourra découvrir beaucoup
    d’autres de vos œuvres.
    Bonne continuation,
    j’attends particulièrement, avec impatience,
    le cycle 2 de vos préludes,

    Emilie

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