Alfred Brendel : un certain art de vivre entre musique, poésie et philosophie

Si vous ouvrez le Monde de la musique de juin 2008, vous lirez une longue et pétillante conversation menée par Olivier Bellamy auprês du pianiste Alfred Brendel !
Voici trois réponses glanées dans cet excellent article:

– Vous est-il arrivé de composer vos programmes de récital en fonction des goûts supposés des pays traversés ? Alfred Brendel : toujours et partout, j’ai joué ce que j’ai voulu jouer et pas ce que le public aurait préféré entendre.
() – Quelle œuvre de musique auriez-vous aimé que l’on vous dédicace ? AB : Dix marches pour manquer la victoire de Maurice Kagel.
()
– Imaginons que vous composiez un chant d’amour.
En quelle tonalité serait-il ? Alfred Brendel : Si je devais encore composer, même une chanson d’amour, elle ne serait pas tonale. Etonnantes n’est-ce pas ces quelques confidences de l’immense interprête « classique » et « romantique », Alfred Brendel ? La premiêre réponse s’entend presque comme une devise de compositeur (on peut remplacer le verbe jouer par composer ) Connaître sur le bout des doigts tout Schubert, tout Mozart, tout Beethoven, Liszt et Schumann aussi, serait donc un chemin possible conduisant à  la musique dite contemporaine ? Ou bien est-ce un chemin d’exception réservé aux musiciens-poêtes et philosophes ? Quoiqu’il en soit, Alfred Brendel nous donne rendez-vous le 18 décembre 2008 prochain au Musikverein de Vienne pour son ultime concert ! au programme : le Concert pour piano n° 9 « jeunehomme » de Mozart pour en savoir plus :
site :Alfred Brendel site : Le Monde de la Musique Emilie A.

3 réflexions au sujet de « Alfred Brendel : un certain art de vivre entre musique, poésie et philosophie »

  1. Merci Mazurka !

    C’est intéressant comme tout. Certains extraits tiré de son site officiel m’interpellent:

    << He was not a child prodigy, his parents were not musicians, there was no music in the house and, as he admits himself, he is neither a good sight-reader nor blessed with a phenomenal memory. >>

    Sans doute est-il modeste (j’image que beaucoup aimeraient mal lire aussi bien que lui), mais c’est tout de même intéressant. Le cliché "zéro défauts" que l’on se fait de tous les grands musiciens est ici un peu malmené. Certains pourraient donc être humains.

    Enfin,

    <<After the age of sixteen, the little formal training he had had came to an end. He had no further teachers. To this day, Alfred Brendel regards his unconventional musical background as something of an advantage.>>

    et

    <<Presented with a Revox tape-recorder (now an antediluvian machine but still in working order), Brendel learnt by recording the piece he was studying, listening to himself and reacting to it. "I still think that for young people today this is a very good way to get on," he says, "and it makes some of the functions of a teacher obsolete."* >>

    semblent montrer que Brendel a su utiliser au maximum ce qui lui a été enseigné pour faire la reste du travail par lui-même. Il ne ferait donc pas partie des élèves plus que formés, bardés de diplomes d’écoles plus prestigieuses les unes que les autres (Julliard, CNSM, et j’en passe). Je n’ai rien contre ces écoles, bien au contraire! Mais il existerait un autre voie que celle que l’on n’a de cesse de nous vendre de façon un peu romancée (cependant, la dernière fois que je suis allé au CNSM pour y voir jouées des pièces d’un ami, j’ai été littéralement soufflé par la perfection atteinte par les différents interprètes ! Et si jeunes).

    <<Brendel remembers, "When I was young my overall career wasn’t sensational at all, it rather progressed step by step. But then, one day I was performing a Beethoven programme in the Queen Elizabeth Hall in London. >>

    Ca, ça me fait penser à  Stravinsky qui je crois a démarré comme pianiste de clubs.

    Tout ça est vraiment intéressant. Ca ne veut pas dire que tout le monde peut faire comme Brendel, mais simplement que la musique ne se limite pas à  l’image la plus souvent véhiculée. Celle que l’on attache par exemple à  Mozart ou à  Murray Perahia.

  2. En effet, Vincent, tu as raison, le site d’Alfred Brendel est très instructif, et bouleverse nos conceptions parfois étroites sur ces grands virtuoses.
    Pourtant si les musiciens prodiges sont adulés durant leurs plus jeunes années, une fois devenus adultes, ils sont souvent mis à  rude épreuve par ce même public, autrefois si admiratif.
    " les jeunes phénomènes concertistes ", sont alors sévèrement jugés. Ils se voient jugés "sans réelle personnalité" ou "trop excentrique", quand ils ne sombrent pas carrément dans l’oubi parmi les innombrables "virtuoses d’aujourd’hui", immenses musiciens certes, mais tout le monde ne peut occuper le devant de la scène internationale .

    Peut-être est-ce une chance pour un interprète de ne pas s’afficher "prodige" trop tôt ? de mà»rir " sans se hà¢ter" ni sans trop vite s’exposer à  la critique (parfois féroce ) ?

    Il est intéressant d’ apprendre aussi que le grand pianiste Alfred Brendel compose depuis son plus jeune à¢ge. ( La composition comme
    sa passion pour la littérature et les arts semblent lui assurer une certaine liberté artistique )

    On peut remarquer aussi le programme de son premier récital constitué d’œuvres musicales comprenant toutes une "fugue"…
    Il y a un souci de "composition" dans ce choix, et une idée poétique aussi…

    je retiens aussi que pour Brendel " l’écoute " reste à  la base de tout apprentissage musical.( Ecoute musicale libre et attentive, toujours très diversifiée, et non pas mimétisme et automatisme acquis de façon académique…)

    "L’ Ecoute" dont Pascal Dusapin parle très bien aussi dans sa "leçon" au Collège de France, selon son expression (poétique) :
    " composer n’est pas écouter.
    Celui qui compose entend, mais il n’écoute pas.
    (…) " L’écoute était comme une ombre. L’ombre du composer."

    voir là  le billet très intéressant de JLF :
    http://www.foucart.net/?2008/03/...

    Mazurka

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