Ariane’s Monkey Journey to the castle of Barbe-Bleue

(Jean-Armand Moroni, rédacteur invité est l’auteur de cette chronique)
J’ai pris du retard pour écrire un compte-rendu sur « Ariane et Barbe-Bleue » de Dukas, que j’ai vu à  Bastille lundi 1er octobre. Tant mieux, cela me donne l’occasion de parler également de « Monkey Journey to the West », vu au Chà¢telet avant-hier (dimanche 7 octobre).

Messiaen disait que dans l’histoire de l’opéra, à  part quelques réussites qui se comptent sur les doigts des deux mains, le reste se partage en deux catégories : les opéras dont la musique est ratée, et ceux dont le livret est raté. « Ariane et Barbe-Bleue » est une piêce où¹ Maeterlinck reprend les héroù¯nes de ses piêces précédentes, y ajoute Barbe-Bleue, et convoque Ariane pour lutter contre ce Minotaure. Comme si Spielberg faisait « Indiana Jones contre les Dents de la Mer », avec E.T., Schindler et le soldat Ryan dans les rôles secondaires. Alien versus Predator. Spiderman contre les Fantastic Four. Barbe Bleue, 1er acte – Quelle Clef Ouvrira La Premiêre . Maeterlinck prend un malin plaisir à  situer l’action en-dehors de la scêne : émeute des paysans, tentative avortée d’évasion par Ariane et ses compagnes. Ce qui reste d’action est impossible à  mettre en scêne : pluie de pierreries dans six chambres différentes, cave plongée dans l’obscurité totale, bris de portes et autres déprédations par Ariane-Hulk. Dans l’opéra, s’ajoute le décalage entre les qualificatifs dithyrambiques dont Maeterlick affuble les épouses de Barbe-Bleue, et la réalité des cantatrices. Que pouvait donc faire d’un tel livret Anna Viebrok, le metteur en scêne ? Beaucoup, si elle s’était inspirée de « Monkey Journey to the West », ou d’une mise en scêne quelconque de Robert Carsen. Hélas, non. Le seul moment où¹ un brin d’action simple et réaliste pouvait être représenté, c’est la scêne finale – mais le metteur en scêne choisit de ne pas montrer ce que les personnages disent. D’ailleurs, d’un bout à  l’autre de la mise en scêne, les personnages s’évertuent à  ne pas faire ce qu’ils disent : forces effusions dans le texte, personnages à  cinq mêtres les uns des autres sur scêne – pratique de mise en scêne devenue un cliché. Certes, le livret est passablement cucul-la-praline, mais ce n’est pas en faisant le contraire de ce qu’il dit qu’on va le rendre acceptable. Ni en posant un décor de bureau déglingué que l’on va inciter les spectateurs à  rêver. Les metteurs en scêne s’imaginent sans doute que les spectateurs sont obtus, que sans ces artifices personne n’aurait compris, à  la fin de l’opéra, que le courant ne passe pas entre Ariane et les autres épouses de Barbe-Bleue. Le seul mérite de la piêce de Maeterlinck est de nous le laisser deviner, là  où¹ Anna Viebrok nous l’assêne, je devrais dire nous l’ascêne, à  grands coups de clichés. En comparaison, Monkey Journey to the West était un enchantement. Mélant acrobates et spécialistes d’arts martiaux, le spectacle comprend de nombreux décors, ainsi que des dessins animés en transition entre les tableaux. De nombreux personnages descendent des cintres, le gaz carbonique n’est pas épargné, bref c’est une mise en scêne rétrograde mais follement jouissive. On espêre qu’un jour les Anna Viebrok de tout poil en auront assez de se faire siffler, et en prendront de la graine. Et la musique, me direz-vous ? Assez bonne chez Dukas, elle est vraiment quelconque dans « Monkey Journet to the West », malgré quelques instruments originaux (scie musicale). Les chanteurs à  Bastille sont irréprochables, et de plus três homogênes entre eux : Deborah Polaski en Ariane, Willard White en Barbe-Bleue au rôle ultra-court, Julia Juon en nourrice. L’orchestre sous la direction de Sylvain Cambreling joue bien mais massif. On entend beaucoup la gamme par ton, qui rappelle que Dukas était un élêve de Debussy. Toutefois l’utilisation de cette gamme est moins raffinée chez Dukas. Quand à  l’orchestration, elle est épaisse et compacte, là  où¹ Debussy trouve d’exquises sonorités diaphanes. La musique de Monkey Journey to the West ne vaut pas la peine qu’on en parle. Décidément Messiaen avait raison.

7 réflexions au sujet de « Ariane’s Monkey Journey to the castle of Barbe-Bleue »

  1. je suis entièrement de ton avis concernant la scénographie pénible d’Ariane à  Bastille. Cet anti-conformisme qu’on nous inflige depuis cinquante ans et qui n’en finit pas d’agoniser est la marque d’esprits étriqués pour lesquels la priorité d’un metteur en scène consiste à  défigurer une œuvre pour prouver que son auteur était un crétin. Ce fléau qui infeste le théà¢tre prétendà»ment d’"avant-garde" et qui de temps à  autre sévit à  l’opéra souligne la vacuité de beaucoup de metteurs en scène, artistes créateurs ratés, réfugiés dans le déni et le jeu de massacre.

    J’ai effectivement trouvé la direction de Cambreling trop lourde mais ce n’est pas une nouveauté, ce chef d’orchestre ayant l’habitude de couvrir les chanteurs ("Louise", la saison dernière nous en avait donné encore une illustration). C’est pour cela qu’il a été difficile de percevoir les subtilités de l’orchestration de Dukas, réelles dans cet opéra qui, sur ce point, n’a rien à  envier au Pelléas de Debussy.

    Enfin, le livret de Maeterlinck est d’une indigence affligeante et les déséquilibres observables entre les rôles (une Ariane omniprésente et un Barbe bleue quasiment absent) prouvent combien cet auteur s’avérait incapable d’écrire pour l’opéra. Si Maeterlinck a survécu, c’est bien grà¢ce aux compositeurs qui ont immortalisé son œuvre à  travers des des musiques géniales (Fauré, Schà¶nberg, Sibélius, Debussy et Dukas).

  2. Pour Tannhaà¼ser, la direction de Bastille a apparemment jugé que la mise en scène ne valait rien. Voici en effet l’email que j’ai reçu :

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    Opéra national de Paris

    Message aux spectateurs des représentations de Tannhà¤user de Richard Wagner à  l’Opéra Bastille

    Chers spectateurs,

    Comme vous le savez, depuis quelques semaines, un mouvement social perturbe fortement l’activité de l’Opéra national de Paris.

    Cependant, les groupes de personnels artistiques ont répondu favorablement, à  une large majorité, aux propositions de la Direction qui portent sur les mesures d’accompagnement de la réforme du régime de retraite de l’Opéra.

    Les représentations de Tannhà¤user seront donc maintenues, éventuellement en version de concert si le personnel technique poursuit la grève. Considérant la qualité musicale exceptionnelle de cette production, les billets ne seront pas remboursés.

    Dans l’éventualité de représentations en version concert, une réduction de 15% sera accordée, sur présentation des billets Tannhà¤user, pour l’achat de billets, dans la limite des contingents disponibles, pour l’un des spectacles suivants :

    > Cardillac de Paul Hindemith (représentations du 29 janvier au 16 février)
    > Le Prisonnier de Luigi Dallapiccola (représentations du 10 avril au 6 mai)
    > Melancholia de Georg Friedrich Haas (représentations du 9 au 27 juin)
    > Louise de Gustave Charpentier (représentations du 20 juin au 12 juillet)

    En vous remerciant de votre compréhension, je vous prie de croire, chers spectateurs, en l’expression de ma considération la meilleure.

    Gerard Mortier
    Directeur

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    Bref, ils proposent une réduction de misère sur les opéras qu’ils n’arrivent pas à  remplir. Autant dire que la mise en scène de Tannhaà¼ser n’a aucune valeur.

    Jean-Armand

  3. Le critique musical du journal Le Monde a fait une excellent critique de la mise en scène de Tanhauser.
    Il conseille d’y retourner, comme il l’a fait pour voir le spectacle complet.
    Maintenant il est probable qu’il ne paye pas sa place. 🙂
    Les abonnés ont intérêt à  ce que l’Opéra ne mette pas la clé sous la porte.
    Et moi en tant que contribuable, je ne veux pas payer pour eux, même quand ils ne voient pas TOUT le spectacle.
    Déjà  que l’abonné ne paye que 40 % du prix de revient quand tout va bien….Tout ça pour dire que 15% de réduc, ça ne me choque pas !!! 😀

  4. Jean-Louis,

    J’étais ironique en disant que la mise en scène de Tanhauser ne vaut rien. Le problème de fond, c’est que l’Opéra de Paris est de loin la salle lyrique la plus subventionnée de France, et que c’est celle qui se comporte le plus mal avec ses clients. Si encore les places étaient bon marché… mais c’est en fait la salle la plus chère à  Paris. Comment font le Chà¢telet, le Théà¢tre des Champs-Elysées, l’Opéra-comique ?

  5. "la salle lyrique la plus subventionnée de France est celle qui se comporte le plus mal avec ses clients."

    Celle où¹ les syndicats sont les plus puissants car les techniciens y sont des fonctionnaires qui n’ont pas peur de se faire virer, et pour lesquels….l’art n’a pas de prix (de revient) !

    Quand est-ce qu’on reprend la bastille? 😉
    (Toi tu étais ironique, et moi je reste provocateur, comme pécédemment 🙂 )

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