Et si l’on parlait de pianos, avec un S ?

Et pour parler de pianos (et les comparer), je convoque aujourd’hui Mazurka, Paul Bley, Messiaen, Lang Lang, Jean-François Zygel (en photo!) et Jean Françaix, que du beau monde!


Mazurka, dans un de ses commentaires récent nous dit, parlant de Messiaen et de ses « Petites esquisses d’oiseaux » :

Messiaen les a toutes écrites à l’origine pour être jouées sur un Piano Bösendörfer impérial ! Qui peut abriter un tel piano de nos jours? Voir un exemple de ces beaux pianos sur ce site. (1)
Ce piano gigantesque, possède un clavier plus étendu, neuf touches en plus exactement, et permet de descendre dans l’extrême grave (jusqu’au DO, une sixte descendante après la dernière touche LA de nos pianos-klavier courants… Ces touches supplémentaires sont toutes de couleur noire… « 

C’est vrai que le viennois Bösendörfer est magnifique.
Ecoutez le résonner dans ce court morceau de Carla Bley, « Ictus », joué par Paul Bley, l’un de mes pianistes de jazz favoris (2) :

Mais il y a aussi, excusez du peu, mon piano préféré le Steinway.

Le jeune virtuose, Lang Lang qui donnait très récemment un récital au Châtelet (devant une salle à moitié vide!) joue sur Steinway. Il possède dit-il deux Steinways, dont le piano personnel du grand Horowitz.

Il n’est pas le seul. Jean-François Zygel a aussi chez lui un beau Steinway. Ecoutons-le improviser ces « carillons » sur son Steinway (3)

Et puis il y a d’autres grandes et vieilles marques de pianos, par exemple le Bechstein dont vous pouvez admirer le son dans ce réjouissant petit morceau intitulé « Hommage à la musique contemporaine », extrait de « La Promenade d’un musicologue éclectique » de Jean Françaix (4)

Enfin, pour faire plaisir à Mazurka (et pour notre plaisir aussi!), voici son oiseau préféré « Le Merle noir » joué sur un… Steinway (nobody is perfect!), extrait des « Petites esquisses d’oiseaux » de Messiaen (5) :

(1) Et si vous voulez voir « en vrai » et même essayer ces pianos magnifiques, rendez vous au paradis des pianistes, à Vélizy, chez HANLET (4 rue Grange Dame Rose 78140 VELIZY-VILLACOUBLAY, E-mail : bienvenue@pianoshanlet.fr.). HANLET est l’importateur des Steinway en France, et il expose plus de 300 pianos neufs et d’occasion dans son immense entrepôt. On y trouve même des Bosendorfer ! (publicité totalement gratuite, mais ils sont tellement gentils!)
(2) « Homage to Carla », Disque Universal, Paul Bley piano solo
(3) Disque « improvisations » à paraître en août prochain chez Naïve, photo de pochette de Denis Rouvre (merci Castafiora!).
(4) L’œuvre pour piano de Jean Françaix, par Alfonso Gomez, disque Erol
(5) Hakan Austbo sur piano Steinway and Sons, Hamburg, un disque Naxos

18 réflexions au sujet de « Et si l’on parlait de pianos, avec un S ? »

  1. Ah merci pour ce beau billet et pour la photo qui rend vraiment bien ! J’ai vu Lang Lang plusieurs fois sur la chaîne Mezzo et il me plaît beaucoup. Et merci à Mazurka pour ces commentaires si riches et sa passion pour les oiseaux…….

  2. Quel plaisir et quel honneur : je viens de lire que je suis conviée en même temps que des musiciens et pianistes extraordinaires ! ? Merci JLF, Je suis ravie d’entendre le « Turdus Merula « de Messiaen, sur ce beau piano…ainsi que tous les autres exemples présentés dans cette page du jour. Pour le pianiste chinois Lang-Lang, j’étais persuadée qu’il affichait complet ! Sinon je me serais précipitée pour aller l’entendre , y entraînant quelques fans avec moi ! ( fans de piano, et des concerts entendez-bien !!!) Le public français le bouderait-il un peu ? C’est sûrement par méconnaissance. Qu’a t-il interprété ? C’est vrai, le steinway ( autrefois steinweg)est un piano d’une rare beauté, préféré par beaucoup de virtuoses, mais hormis les Bösenderfer ( impériaux , parfois) et les tendres Pleyel, j’ai un faible pour les Fiazioli ! ( on peut toujours rêver ) Merci JLF pour cette page musicale à la fois « tonique » et …dominante, bref : « superbe » !
    Et Merci à toi, Bianca, pour ton mot encourageant ! j’espère que tu nous présenteras un jour un cours d’initiation au « bel canto » ! Je songe souvent au « quart de ton », à chanter, dès que « la lune descend sur le temple qui fut » Ce cours serait sûrement passionnant ! Mazurka

  3. Il y a un livre remarquable sur la voix écrit par le Docteur Abitbol, bien connu des chanteurs : L’Odyssée de la voix – il a écrit ce livre il y a deux ans environ – c’est une véritable bible. Ah, ça te fait rêver le quarts de ton, Mazurka ? Nos amis orientaux le font sans y penser…… On peut le faire en vocalises…….
    Demain c’est « Harmonie » avec Zygel…… et après, un petit tour au magnifique Père Lachaise ! Mais je ne me sens pas d’attaque pour faire un billet sur « Harmonie » – trop dur pour moi sauf si je délire et ici, on ne délire pas 😉 C’est du sérieux, des oiseaux à lunettes (comme la chouette et le hibou).

  4. C’était pourtant bien amusant, ce « cours d’harmonie » de Zygel.
    Je ne vois pas pourquoi tu ne pourrais pas nous en parler, plus légèrement, c’est sûr, que je ne le ferais (je réserve cette prose aux adhérents qui causent harmonie sur les forums du Salon, aux gens sérieux qui se demande encore et toujours pourquoi, comment composer… 😉
    (Ah, il va falloir que je sorte ma calculette pour franchir l’obstacle du captcha).

  5. Mille sabords, professeur Alambic, il va falloir que je m’y colle ?
    Bon, j’ai pris quelques notes – je vais voir ce que je peux faire. En tout cas, j’ai bien ri – NOUS avons bien ri de certaines remarques et de certaines "exécutions" pianistiques de notre Zy !

  6. « …notre Zy »…Oh! Surtout ne double pas, terrain glissant, dangereux pour l’image du Maitre. 😀

    C’est vrai qu’il fut drôle, plus en forme que la dernière fois.
    Quelques perles:
    – le traditionnel « j’ai du bon tabac » avec pédale de do et sol qui fait…hymne breton,
    – l’hymne à la joie joué en mineur qui devient l’hymne à la tristesse
    – si la marseillaises est jouée en mode andalou c’est une mélopée orientale,
    – si elle est jouée avec une pédale, l’armée ne marche plus car la pédale arrète le temps!
    – la chanson OBAO des cerisiers en fleurs (mode japonais)
    – la quinte et la tonique en mode majeur et mineur, c’est comme l’étage chez IKEA, c’est la seule chose qui ne bouge pas
    – et celle que je préfère (profondément vrai) : l’oreille absolue, c’est un poisson d’avril permanent

  7. Tu as tout dit professeur Alambic ! Et en plus, tu m’as fait éclater de rire devant mon ordi avec ton « Zy » – je n’y avais pas pensé puisqu’il y a un i grec !!! Le grec m’a trompée….. Alors ?
    27 fois quoi ?

  8. Il m’en revient encore deux autres:
    – Quand un compositeur écrit 50 accords de tonique à la suite, il s’appelle Beethoven
    – Les accords sont comme les papillons : quand on en trouve un qui a l’antenne légèrement vers la gauche, on décide que c’est un nouveau papillon et on le baptise avec un nom impossible.

  9. Oui ! Et César Frank disant à Debussy qui devait faire une impro à l’orgue : « Modulez, Debussy, modulez » et Debussy de répondre « Mais si je me trouve bien…… »
    Debussy disait : « Arrêtons de dire aux accords qui êtes-vous, d’où venez-vous, où allez-vous ! ».
    Et en sortant, deux dames m’ont regardée, l’air inquiet et m’ont dit « C’est un sujet difficile aujourd’hui, hein ? » J’ai répondu « Rien n’est difficile avec JFZ, il explique tellement bien qu’on comprend tout » alors, rassurées elles m’ont fait un lumineux sourire et m’ont répondu « Oh oui » d’une voix gourmande…. Après, je suis allée écouter les oiseaux au Père Lachaise et Mazurka m’a manqué !

  10. Vous en avez de la chance d’avoir assisté à la leçon
    sur l’ harmonie de Maître Zygel !
    Merci JLF et merci Bianca de nous faire partager ces moments là.
    Debussy avait de l’humour et une sacrée plume,
    ( J’aime bien son  » Monsieur Croche  » )
    Quant à l’avis sur l’oreille « absolue », je dirais que
    ça se discute un peu… l’expression « oreille absolue » comprise
    comme un mode sélectif pour repérer une élite parmi les musiciens c’est vraiment décevant et pas très intelligent finalement… JFZ a raison il l’a dit souvent, la musique est composée d’un nombre infini de paramètres ( nuances, expressivité, rythmes, pulsations,…)
    on ne peut la réduire à un repère (même scientifique) On peut chanter juste et tout entendre « juste » et passer toute sa vie à côté de la musique…( c’est pas gai!)
    Mais que faire quand malgré soi, et encore vraiment très jeune , que tout à coup on réalise que « le piano parle » …et chante même) qu’ il dit lui-même les notes… Evidemment au départ quelqu’un a du préciser à l’oreille enfantine que cette note ci s’appellait  » La »… etc.
    S’agit-il uniquement d’une oreille bien disposée et parfaitement juste ?… Pourtant il y a des toccata soit disant en ré que l’on ne peut plus entendre qu’en mi…Bon, ce n’est pas gênant sauf pour certains examens de solfège ( dictée musicale..atonale) où il fallait tout transposer mentalement. En fait les gens à « oreille absolue » ont une idée fixe : leur propre diapason interne qu’ils ont « attrapé » petits,…Personne ne les aide trop à s’en débarrasser ! …Ah ! si on avait bien suggéré ceci :  » ça passera avec le temps ( avec le temps va, tout s’en va…) pour le moment, entrainez-vous à chanter faux !  » (what a joke ?!)
    Ces pauvres « privilégiés » ne sont que des petits Tryphons-transpositeurs ! Ne leur en voulez pas trop. Il paraît que Gabriel Fauré souffrait d’une surdité particulière à la fin de sa vie, il n’entendait pas ldu tout le même son d’une oreille à l’autre …j’ai oublié l’intervalle exact qui différenciait cette écoute, ( peut-être un demi -ton, ou un ton ou même plus ? ) Ce devait être un supplice pour lui, ou un saut en avant dans le temps ( si, si, j’aime la musique contemporaine !) mais en tout cas on aurait donné son nom à cette maladie…
    Bref, on peut dire qu’il n’y a pas « d’oreille absolue » strictement parlant parmi les musiciens de la planète Terre, [ tout est relatif, et en référence à quelque chose] mais il existe parfois des oreilles fidèles et figées au même diapason…La justesse cela se travaille de toute façon, pour moi la souplesse et l’aptitude à changer d’échelle et de diapason, de style et de répertoire aussi d’ailleurs, est bien plus admirable, que de rester figé quoiqu’il advienne. ( je dirais même plus
    cela me paraît absolument …juste ! )

  11. Bon, Mazurka, au sujet de l’oreille absolue, Zygel a écrit un petit article sur le Diapason du mois de mars (Crespinette en couverture). Je l’aurai demain car je l’ai prêté et pourrai te le faire parvenir personnellement ou à Jean-Louis qui pourra le publier (mon scan a l’air très mal en point…..).
    Ce que tu dis rejoint ce que dit Zygel : il ajoute qu’il y avait plusieurs diapasons du temps de Bach et que c’était celui de l’orgue (l’instrument le plus complexe à accorder) qui donnait le « la ». Il y avait donc plusieurs « diapasons » selon les lieux, les pays,…..
    En fait, c’est un acquis à partir d’un « la » qui ne va pas bouger pendant un certain temps…. Quand il était petit, Zygel raconte que son père, qui n’était pas du tout musicien, était allé au Conservatoire voir un « grand professeur » de musique pour lui présenter son fils (le petit Jean-François). Le fameux « grand professeur » – constatant que le petit Zygel n’avait pas « l’oreille absolue » – avait déconseillé qu’il fasse de la musique son métier. Le malheureux « grand professeur » s’était vraiment trompé ! Quelle perte c’eut été si Jean-François n’avait pas persisté dans son désir de devenir musicien – j’en tremble mille millions de mille sabords !
    J’ai une amie pourvue d’une « oreille absolue » et ça l’ennuie parfois beaucoup surtout quand on lui demande de chanter un demi-ton plus bas car c’est du baroque. En lisant les notes, elle a un mal fou à transposer. Il me semble que c’est comme si je me trompais là maintenant et que je me mettais à taper en décalant mes doigts ; ça donnerait ça : vibhiye Larzyrjan cillebt vas-ty N – (Bonjour Mazurka, coment vas-tu ?)
    Comme je peux taper sans regarder mes doigts, je crois que c’est à peu près ça !
    Ce doit être une douleur de « voir » un do dièze et de chanter un do naturel quand on sait que « do » c’est « do » (le son « do »). Heureusement, ces personnes sont très rares ou bien elles s’adaptent plus facilement que mon amie….
    Je pense que Zygel a ce qu’on appelle « l’oreille relative », comme mon chef du Madrigal – Pierre Calmelet dont j’ai souvent parlé – il suffit de leur donner le « la » le matin au réveil et ils l’ont dans l’oreille toute la journée et parfois plusieurs jours de suite…. Pierre n’aimait pas parler de cela – je pense que c’était une sorte de pudeur…. D’ailleurs, tu en parles très bien Mazurka !
    Et pour terminer, voici un ouvrage intéressant :
    L’oreille absolue et le diapason dit baroque par Gérard Zwang – La Revue Musicale
    7, Place Saint -Sulpice – 75006 Paris – Double numéro 368-369.
    A bientôt…

  12. Dans les lectures musicales du Salon (musicomposer.fr, barre de navigation du haut, onglet Bibliothèque), il y a un excellent article sur l’oreille absolue:
    "A la recherche du son: l’écoute, l’oreille, la capacité d’analyse tonale, l’oreille absolue"

  13. « Les cloches des Cathédrales ont sonné toute la nuit, je n’ai plus d’oreille du tout ! »
    Merci de tous ces renseignements, …Oui, Bianca Je connaissais l’histoire du petit JFZ , mais pas les livres et articles merci d’en parler ! Toutes mes excuses JLF Je n’ai pas enocre tout lu dans ce salon décidément exceptionnel !

  14. L’article sur l’oreille absolue « A la recherche du son: l’écoute, l’oreille, la capacité d’analyse tonale, l’oreille absolue » du Dr Bernard M. Auriol, signalé par JLF dans les « Lectures Musicales » du Salon, est effectivement très intéressant. Dans la dernière partie de cette étude, la notion d’oreille absolue est associée à la notion de « hauteur absolue », vue selon deux paramètres :
    1/ existence d’une « mémoire à long terme de la hauteur »
    2/ capacité « d’étiqueter les hauteurs »
    [autrement dit : capter des sons de façon durable ( voir définitive) puis de stocker ces données et de les tenir classés prêts à l’usage…]
    Le plus original dans cette étude est d’avoir lié musique et langage, d’avoir réfléchi aussi sur l’apprentissage du langage parlé et des similitudes avec l’apprentissage en musique. Le passage traitant des « langues à ton » ( tels le vietnamien, le mandarin, où la signification de mots varie selon la hauteur de prononciation utilisée, est aussi très éclairant . Il s’agit sûrement d’autre chose que la simple fonction intonative que nous connaissons bien dans les langues occidentales …) La très fine suggestion de l’auteur de cet article que « la hauteur absolue, traditionnellement envisagée comme aptitude musicale, a évolué à l’origine au service de la parole. » a du déboucher sur d’innombrables débats en tous cas …j’ai vu que beaucoup de monde l’avait lu,… et vos réactions alors ?…en tous cas, si ce n’est pas fait , vite , il est à lire avec une oreille et une attention …absolues !

  15. Aujourd’hui, par ce beau temps printanier si agréable, j’ai fait un grand tour en vélo dans la banlieue boisée de la région parisienne, et au détour d’une rue, perchée sur une petite colline, dans un petit parc, je vois qui s’offre à tous les regards une superbe maison contemporaine avec un salon aux aux grandes baies vitrées, et au milieu du salon, trônant….un magnifique piano à queue, grand ouvert…. Quelqu’un passe devant, mais ne s’arrête pas…
    C’est vrai que je passe souvent chez moi devant mon Sauter, sans même l’ouvrir, mais ça n’est qu’un Sauter… :-/

  16. es pianos meurent de ne point être joués, …trop de pianistes pressés,
    et de « valses oubliées »…

    Passer devant un piano sans le jouer c’est croiser une fleur sans la respirer et l’admirer !

    Un « Sauter » ?… accordé ?…

  17. Un « Sauter », oui! et alors? (l’orthographe est bonne ! 😀 )
    Accordé…non, justement, il ne l’ai plus des masses, il faut que j’actionne l’accordeur :-/

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