Gros son ou…Grande musique?

(Recyclage)Pour faire apprécier sa musique, faut-il travailler plus la composition ou le réalisme sonore? Vraie question pour qui veut (faire) connaître sa musique autrement qu’au travers d’une partition. Alex Millet nous avait exprimé son point de vue sur la question dans un mail dont nous publions à  nouveau des extraits, avec les commentaires de J.P.Nouvel et de Yannovitch. N’oublions pas les forums pour discuter de cette question. …/…

Alex:

Pour l’enregistrement du quatuor () c’est plutôt mauvais : je ne parle pas de la qualité de l’enregistrement mais des musiciens qui ne jouent pas toujours juste, sont approximatifs et surtout, jouent beaucoup trop lentement. En comparaison les maquettes que j’ai fait sonnent bien mieux, en tout cas beaucoup plus dans l’esprit ( bien que chaque partie soit jouable techniquement). Conclusion : avec les samples on fait ce qu’on veut et c’est ensuite difficile de trouver des bons musiciens !

Ah! Alors vive l’informatique musicale pour écouter sa musique? 😉

La question du réalisme sonore est vraiment un problême dês qu’on touche aux banques de sons, c’est d’ailleurs la vache à  lait des développeurs. J’arrive à  faire abstraction des sons quand j’écoute un morceau, j’ai commencé à  écrire avec un piano et au conservatoire on avait juste du papier; on devient rapidement dépendant des banques et beaucoup de monde sur les espaces membres sont plus impressionnés par la qualité du son que de la composition. On pourrait croire que c’est lié mais en fait dans le cadre d’une maquette ça n’a rien à  voir. Des types comme SR produisent des miniatures d’un réalisme saisissant mais ce n’est que du plagiat limité à  1 ou 2 minutes; ce que je veux dire c’est qu’il est pratiquement impossible de faire une composition dense qui dépasse 10 minutes avec un son hyper réaliste, a moins d’y passer un temps fou avec un matériel énorme, et en fait les 2 casquettes sont trop lourdes à  porter.

Oui, Alex, mais songes à  la joie d’entendre (et faire entendre) sa musique, interprétée COMME IL FAUT! Et songer à  celle du mélomane qui découvre ton MP3. Et face au travail nécessaire pour obtenir ce réalisme sonore, songes au travail déployé par les 100 musiciens de l’orchestre pour produire une nouvelle œuvre!

A l’opposée certaines piêces avec un son superbe sont creuses et sans intérêt mais c’est vrai que ça plaira plus au public et en tout cas indispensable pour de la musique commerciale. De toute façon, même avec un son que vous jugez correct ce ne sont que des maquettes qui dans quelques années apparaîtront datées du point de vue de la qualité technique (écoutez des vieilles piêces avec Peter.S ou même certains Vitous), donc moi je préfêre ne pas passer trop de temps là  dessus. Pour ce qui est des partitions il n’ y a encore pas si longtemps on écrivait avec un papier et un crayon, parfois un piano, le danger serait de devenir trop dépendant des machines, j’ai aussi tendance à  le faire : se servir des machines pour composer et non juste pour faire la maquette. Paradoxalement on restreint son imagination, certains types n’écrivent que des trucs qui sonnent avec leur ordi et refusent tout le reste ( je l’ai lu noir sur blanc, c’est ahurissant !), alors que quand vous laisser votre esprit vagabonder, en marchant par exemple, vous n’avez pas la contrainte « matériel ». Bref le monde de l’informatique musical nous emmêne vraiment au-delà  des considérations purement musicales et si je suis bien content de pouvoir entendre mes compos je me demande parfois si tout ceci ne ralentit pas mon évolution en tant que compositeur et ne me rend pas dépendant de ces fichues machines auxquelles certains ont déjà  voués leur à¢me et leur portefeuille !

6 réflexions au sujet de « Gros son ou…Grande musique? »

  1. Cette controverse me plait bien ! Elle est utile. Elle oppose (très courtoisement) deux conceptions de la musique qui l’une et l’autre pressent le compositeur (apprenti ou confirmé) de choisir entre : « je sers la musique » dit l’une ; « je sers le compositeur » lui répond l’autre.

    Il y a presque du Faust dans cela. Fau(s)t-il ou non céder son « à¢me et son portefeuille » (belle expression) aux banques de sons ?

    JL répond oui en le justifiant : «comment agir autrement quand on ne dispose pas à  demeure d’un orchestre de 100 musiciens ? » dit-il en substance.

    Un proverbe (anglais, je crois) déclare que la meilleure façon de résister à  une tentation est d’y céder. Il faut bien avouer que nous avons à  peu près tous succombé. Mais n’étant pas à  une contradiction près, je vis aussi personnellement, dans la crainte permanente de n’écrire qu’avec l’arrière-pensée de l’effet ou du son produit. Oui, je l’avoue, j’ai déjà  rayé in extremis un roulement de cymbale d’une partition (le roulement de cymbale devient le mode de transition le plus courant du mauvais compositeur !). Oui, il m’est arrivé de me sentir un peu escroc lorsque l’on m’a dit « les sons de telle composition sont magnifiques ».

    Mais si je ne disposais pas de ces banques de sons (aujourd’hui colossales), qui m’écouterait ? Mon ego résisterait-il à  une grave pénurie de compliments (même si les dividendes de ces derniers sont à  reverser en partie aux concepteurs des banques de sons).

    Hormis des choeurs, fort estimables et quelques petites formations orchestrales, je n’ai encore jamais pu entendre l’un de mes poèmes symphoniques ou symphonie dans une salle de concert.

    Et pourquoi, au motif que l’on compose, n’aurait-on pas le droit d’être amoureux des beaux sons ? Je vous le demande. Mais alors, que faire, lorsque l’on se rend compte, c’est terrible, qu’un « faux » orchestre ou de « faux » choeurs peuvent jouer ou chanter plus juste et plus en mesure que des « vrais » ? Le risque ne nous quitte pas, permanent : celui de s’enfermer chaque jour davantage avec délectation dans des sons qui sont « presque ça » et qui vous obéissent au doigt et � l’oeuil ! Et l’écriture musicale n’est que de l’imagination codée, après tout, reprend le tentateur ; d’une façon ou d’une autre, des musiciens doivent bien accepter de les transcrire, voire de les trahir, pour leur donner vie.

    Les compositeurs des siècles passés ne disposaient d’aucune « banque de sons ». Mais ne vivaient pas les mêmes affres que nous ? « Quand ME jouera t’on ? » ? « Quand ME reconnaîtrai je, avec un infini bonheur dans ces notes qui sont bien les miennes ? » N’admire t’on pas tout autant telle symphonie de Beethoven pour les sons que tel chef tire de tel orchestre que pour la beauté intemporelle de son écriture (si tant est qu’une écriture puisse être « belle »).

    Voilà  ce qui m’agite. Mais tout au fond de moi, je sais encore heureusement que Alex a raison : l’imagination court toujours au devant des machines, même si j’adore ces dernières et que j’en ai besoin.

    Je sais que le bonheur de créer ne requiert rien d’autre qu’une feuille de portées musicales, un crayon et une gomme (même si, n’ayant rien renié de mes contradictions, je ne me sers plus de ces ustensiles et leur préfère le logiciel d’édition Sibelius « plus vite, plus loin, plus fort »).

    Mes compositions les meilleures, celles en tout cas qui m’ont donné la plus grande joie de création, n’ont curieusement celles qui n’ont jamais été jouées (ce qui m’a aussi peut-être évité d’entendre que « le son n’était pas terrible ! »). Celles la, je les ai écrites le soir dans des chambres d’hôtel voici plus de trente ans, sans même un piano pour en entendre une quelconque bribe.

    Composer de la musique, c’est comme en jouer : c’est accomplir une œuvre d’artisan ; « j’ai fait de mon mieux ». Pas de perfection (glacée ?), mais le plaisir intense d’avoir apporté une pierre à  son propre chemin et peut-être aussi à  celui de quelques autres. « Tout mettre sur le son », je le vis aussi comme les autres, c’est prendre le risque de ne plus accorder de valeur à  ce que l’on a créé lorsque le temps (et le progrès technologique) l’ont inexorablement « démodé » : ainsi, je ne supporte plus d’écouter mes enregistrements antérieurs à  l’an 2000 ; je les trouve « dépassés ». C »est pourtant sur les rayons de ces vieilleries que figurent mes œuvres les plus originales.

    Penser « carrière », « reconnaissance » ou « effet produit », j’ai déjà  vécu cela jadis lorsque j’étais chanteur. Un jour, je me suis brutalement arraché à  cette tentation en cessant de chanter. Ferai-je un jour la même chose pour la composition ? Ah, encore un petit instant, Monsieur le bourreau. JPN

  2. Bonjour,

    Le débat que vous soulevez est un débat qui anime depuis longtemps la communauté musicale.

    Je me permets d’indiquer ici un petit comparatif des banques de son abordables ( prix inférieur à  300 €, la gamme au dessus se placant tout de suite aux environs de 1000) . Fait par des amateurs membres de la communauté Audiofanzine, référence audio sur le net.

    fr.forums.audiofanzine.co…

    Pour ma part, le seul conseil que je peux vous donner est d’écouter les diverses banques de son afin de juger par vous meme .
    Il faut savoir comme l’auteur de l’article le soulève que comme on ne peut dire de tenir comme ceci ou comme ceci l’archet , de tenir comme cela ou comme cela le son, et bien on perd defois un temps précieux.

    Cependant, se passer d’un outil aussi performant qu’un orchestre at home en quelque sorte n’est pas forcément le mieux car les progrès faits dans le son permette de vraiment juger de la qualité globale de son œuvre.
    Pour ma part, je suggère de créer à  l’aide d’une banque orchestrale, mais de faire jouer par un orchestre ( amateur, il se fera une joie de vous recevoir), afin de bénéficier des "petites imperfections" qui rendent un jeu si vivant.

    Les banques de son orchestrales majeures sont :

    VSL ( Vienna Symphonic Library ) : La référence utilisée par les professionnels, des centaines de go ( ! 😀 ) à  disposition, les sons les plus "beaux". Enregistré en salle non reverbérante afin qu’on puisse appliquer celle désirée. Il y a cependant un vrai problème de programmation des orchestres qui est soulevé. Prix et difficulté de manipulation en rapport avec le gigantisme de la bibliotheque.

    East West Quantum Leap Symphonic Orchestra Silver :
    c’est le "bébé" de VSL, un peu moins d’une dizaine de go fournie. Particulièrement indiquée pour la musique de film du fait des sons fournis.
    Il existe une version Gold et Platinum à  1000 et 3000 € qui fournissent plus de sortes d’instruments, plus de "niveau" de samples (permettant de faire des crescendo plus progressifs).

    Motu SYmphonic Library : Il est celui qui malgré une banque plus petite que les autres , fournit le plus d’instruments à  la base ( donc si on en veut des anciens, ou des atypiques, pas besoin d’en acheter d’autres). Il a une réverbération à  convolution intégrée ( permettant d’imiter à  la perfection la réponse acoustique d’un lieu, afin de donner l’impression de jouer dans une église, ou en plein air, …). Les sons sont néanmoins assez beau . Principe d’utilisation normal d’une banque de sample ( enregistrement de plusieurs niveaux de vélocité, possibilité de faire des legato, …)

    Garritan Personnal Orchestra:

    Ce logiciel est celui qui est le plus axé sur l’orchestration . Il permet d’obtenir rapidement des résultats satisfaisants, avec une utilisation du sampleur (intégré) différente de la normale, bien que les sons ne soient pas si terribles que ca.

    Avis aux amateurs, Garritan ouvre un concours au meilleur compositeur sur sa banque , qui sera jouée par un grand orchestre symphonique.
    http://www.garritan.com/competit... .

  3. Le sujet est intéressant mais je pense que cela ne mène pas très loin. Le travail du son et celui de la composition sont complétement différents. Demandez à  un excellent guitariste qui joue sur une mauvaise guitare si il aimerait travailler sur une Gibson Custom .. eh bien c’est pareil. Il y a la composition musicale et la programmation. Ceux qui composent et qui veulent être indépendant et qui ont les moyens, peuvent passer du temps à  faire de tres belles rélaisations sur informatique. Mais sincèrement, quel compositeur ne voudrait il pas que son œuvre soit interprété par un véritable orchestre ? Pour moi, il n’y a donc pas de polémique. Aucune raison de mélanger le rendu sonore avec le travail de composition musicale… Pour faire apprécier sa musique, il faut faire une belle composition. Et si vous en avez la possibilité libre à  vous de la réaliser avec des samples … sinon, les autres apprecieront la partition ou attendrons patiemment que votre œuvre soit interprétée…

  4. Nicholas,
    Les mélomanes n’attendent rien et n’attendront jamais rien, même patiemment s’ils ignorent l’existence de ta musique !
    D’autant qu’il y a peu de chances que tu sois le nouveau Mozart que tout le monde attend ! 🙂
    Et si la partition existe, ce qui suppose qu’elle soit éditées et commercialisée par un éditeur ayant pignon sur rue (et ceci est encore une autre paire de manches !), encore faut-il que ces mêmes mélomanes y aient accès, aient envie et sachent la lire…Ca fait beaucoup de conditions!
    Résultat : combien de chances sur 100.000 ?
    Par contre tout le monde a des oreilles, tout le monde va sur internet écouter de la musique, ou à  la radio … 😀

    J’ajoute que, d’expérience, il vaut mieux interpréter soi-même une œuvre avec les moyens du bord, plus ou moins sophistiqués, quand on le peut (ça coutera de toute façon moins cher que louer un orchestre !) plutôt que d’entendre sa musique "esquintée" par des musiciens mauvais, même s’ils sont pleins de bonne intentions…
    Evidemment que tout compositeur rêve de se voir jouer par le Philharmonique de Berlin, mais en attendant, le problème se pose quand même, quoique tu en penses…c’est la réalité.

    A noter que ce n’est pas une question de fric : la technologie coute infiniment moins cher que les bons musiciens. Ce n’est pas pour rien que la moitié ds réalisations cinématographiques ou vidéo font appel aux moyens informatiques et au sampling, plutôt qu’aux musiciens pour les illustrations sonores.

    Conclusion, sauf à  être un authentique autiste, il FAUT "programmer", comme tu dis. Ce terme n’est pas beau, peut même faire peur à  un musicien.
    Mais d’expérience, avec les logiciels de composition professionnels que nous utilisons aujourd’hui (qui utilise le midi et non l’audio), cette programmation là  ressemble, et même rencontre pour partie le travail que le compositeur doit faire de toute façon, après avoir écrit ses notes sur la portée, pour donner toutes les indications de jeu nécessaire à  l’exécution de l’œuvre.
    Donc, d’une manière ou d’une autre,on peut éditer la musique (audio) et la partition (écrite) en même temps, même si cela semble sportif de prime abord !
    C’est moins de la programmation que de l’édition, plus ou moins poussée, c’est vrai, c’est…. la composition moderne ! 🙂

  5. Je découvre seulement aujourd’hui cette discussion. Pourtant, je peux en dire des choses!! C’est simple, je me suis plus de 9 fois sur 10, pour ne pas dire 99 sur cent autoproduit avec des échantilloneurs et des synthétiseurs. Ma musique m’y prédispose : hormis l’Oiseau Blanc et deux autres pièces, toutes mêlent électronique et orchestre. Même le Seyesh e Seyà¯h sera sans doute prochainement électrifié.

    La banque Garritan, celle peu chère et bien, sonne de façon homogène. J’utilisais la Roland avant : beaux sons, mais très difficile à  mixer : ils ne "se connaissaient pas". La VSL ou la Garritan rendent un effet d’ensemble très réussi.

    Par contre, il faut être musicien, et programmer sa séquence MIDI de façon à  ce que les sons sonnent de la façon la plus naturelle possible. On m’a souvent fait des compliments à  ce sujet. Le mieux que j’ai eu, c’est lorsqu’on m’a demandé qui était le batteur sur "Le Petit Bouddha dans le jardin"!! Le mieux est de régler à  la main dans Cubase les pistes de modulateurs MIDI, une à  une, mesure par mesure. Faut prendre son temps, comme dans tout travail d’art. Sur le violon solo, il y a ainsi quatre pistes de contrôleurs en plus de celle des notes on et off à  régler!…

    Car, oui, je crois qu’alors, en soignant le détail, on parvient à  une authentique expression artistique avec l’électronique. En plus de permettre une création sonore illimitée, elle permet de simuler tous les instruments.

    Est-ce que cela me pose des complexes ou suscite des remords? Non!! Chacun ici a du mal à  se faire jouer. Les instrumentistes n’ont qu’à  être plus ouverts à  la création si ils ne veulent pas être remplacés par des "machines"!… (En fait, des instruments de musique nouveaux, joués et programmés par des musiciens)

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